France : son taux d’emprunt atteint un niveau record depuis plus de vingt ans
Les incertitudes politiques et budgétaires continuent de peser sur la France. Le taux d’emprunt de l’Etat à dix ans a terminé la séance à 5,01 %, contre 4,93 % à la séance précédente, un niveau inédit depuis 2002.

Les investisseurs s’interrogent sur la capacité du gouvernement à réduire le déficit public dans un climat social tendu. La France emprunte désormais plus cher que l’Italie, dont le taux à dix ans atteint 4,57 %, et que l’Espagne, à 4,07 %. L’écart avec l’Allemagne, référence de la zone euro, s’est creusé à 1,59 point, son plus haut niveau depuis 2011. Selon Andrea Tueni, responsable des activités de marché chez Saxo Banque France, « il y a une défiance assez nette » envers la France.
Des violences qui pèsent sur la réputation du pays
Les violences récentes ont accentué les inquiétudes des marchés. « Les manifestations et les violences récentes renforcent les doutes sur la capacité de tout gouvernement à mettre en œuvre les économies nécessaires », explique Timothée Pubellier, gérant obligataire chez Ostrum AM. Pour Mike O’Sullivan, chef économiste de Moonfare, « sur le plan international, les émeutes de ce week-end ont porté atteinte à la réputation de la France ».
A ces tensions s’ajoutent les difficultés budgétaires et la perspective de l’élection présidentielle de 2027. Le gouvernement prévoit 43 milliards d’euros d’efforts supplémentaires pour ramener le déficit public à 5 % du PIB l’an prochain. Mais l’adoption du budget s’annonce compliquée dans un Parlement divisé. « La consolidation budgétaire est la seule voie et l’unique réponse crédible aux marchés. Nous n’en dévierons pas », assure le ministère de l’Economie.
Un assainissement budgétaire jugé peu probable
La hausse des prix de l’énergie contribue aussi à la progression des taux obligataires. Elle alimente les anticipations d’inflation et laisse craindre un relèvement des taux directeurs de la Banque centrale européenne. Selon Andrea Tueni, l’absence de visibilité politique et budgétaire ne laisse « pas de raison apparente » d’espérer une accalmie rapide sur les marchés.
La prochaine échéance porte sur le réexamen de la note souveraine française par Moody’s. L’agence classe actuellement la France Aa3, avec une perspective négative. Une dégradation pourrait augmenter davantage le coût de financement de l’Etat.
De son côté, la banque suisse UBP estime qu’un assainissement budgétaire réaliste paraît peu probable avant la présidentielle de mai 2027. « La situation pourrait encore se dégrader avant de s’améliorer », prévient-elle.





