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Ukraine : l’Europe ne pourra pas relayer les alertes américaines avant 2030

  • La rédaction
  • 19 Oct 2026
  • Sécurité

La Russie a tiré seize missiles balistiques contre l’Ukraine dans la nuit de dimanche à lundi, sans que Kiev ait reçu d’avertissement préalable de ses partenaires, a déploré le président Volodymyr Zelensky. Ce nouvel épisode relance les interrogations sur la capacité de l’Ukraine à alerter sa population et sur sa dépendance envers les États-Unis.

  • La Russie a tiré 16 missiles balistiques sur l'Ukraine sans avertissement préalable.
  • L'Ukraine dépend des États-Unis pour détecter et alerter contre ces attaques.
  • Les capacités européennes d'alerte avancée restent limitées et ne seront pas opérationnelles avant 2030.
  • Des tensions politiques potentielles pourraient affecter la coopération en matière de renseignement.

Ukraine : l’Europe ne pourra pas relayer les alertes américaines avant 2030



« Une nouvelle attaque de missiles balistiques russes s’est produite en plusieurs vagues au cours de la nuit, et, encore une fois, il n’y a eu aucun avertissement préalable de nos partenaires », a regretté Volodymyr Zelensky, qui a indiqué que les Russes avaient lancé 16 missiles balistiques sur Kiev et sa région. Ces difficultés à prévenir la population d’un tir de missile balistique sont récurrentes ces derniers jours.

Kiev dépend des États-Unis en la matière. Il est possible que les tensions des derniers jours entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky se soient répercutées sur les échanges d’informations entre les deux pays.

L’alerte avancée, de quoi s’agit-il ?

Selon le ministère des Armées, l’alerte avancée désigne « la capacité à détecter un tir de missile et à suivre sa trajectoire afin de déclencher, si elle est possible, son interception ». Elle repose sur des radars au sol et sur des satellites qui balayent en permanence la Terre grâce à leurs capteurs infrarouges, capables de repérer la chaleur émise au lancement d’un missile.

La durée de vol d’un missile balistique est inférieure à 10 minutes. Entre la détection, la confirmation de la menace et l’alerte, tout doit donc aller très vite. L’Ukraine demande à sa population de se mettre à l’abri lorsqu’un projectile est tiré par les troupes russes.

Des versions qui divergent

Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, affirme qu’il n’y a eu « aucune pause » dans le partage de renseignements avec Kiev. D’après une note publiée ce dimanche, Fabian Hoffman, chercheur principal au sein du programme « Ukraine et menaces globales » du Collège universitaire de défense de Norvège, n’exclut pas des problèmes techniques.

Selon lui, l’utilisation par la Russie du système de défense aérienne S-400, normalement employé pour intercepter les tirs ukrainiens, pourrait brouiller le dispositif. Les missiles ont « une traînée de faible intensité, qui se dissipe rapidement et ne peut pas s’élever suffisamment pour dépasser la couche atmosphérique absorbant la vapeur ». Si un tel missile est tiré dans une zone couverte de nuages, les satellites américains peuvent donc être déjoués.

Étienne Marcuz, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique sur les questions de défense antimissile, ne partage pas cette analyse. Il rappelle que « la problématique sur les S-400 existe depuis toujours », et que ces systèmes sont détournés de leur fonction de défense aérienne pour frapper l’Ukraine depuis 2022. Ces ratés, très rares depuis le début de l’invasion russe, sont en revanche plus nombreux depuis quelques jours, ce qui coïncide avec la tension grandissante entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky.

Une capacité européenne encore limitée

Emmanuel Macron a annoncé un soutien de l’UE pour « renforcer les capacités » de l’Ukraine sur « les images satellitaires et les dispositifs d’alerte avancée », affirmant que « l’Europe a des solutions en la matière ». Fabian Hoffman souligne toutefois « la forte dépendance de l’Ukraine et de l’Europe à l’égard de l’infrastructure d’alerte avancée spatiale américaine ».

Étienne Marcuz estime qu' »on ne pourra pas compenser un arrêt du système américain » et que la France et l’Europe ne possèdent que « des capacités expérimentales ». En France, les 288 antennes du radar Nostradamus, tombées en désuétude dans les années 1990 puis ressuscitées depuis peu, ne sont pas encore totalement opérationnelles. Le programme Jewel, développé par la France et l’Allemagne depuis l’an dernier, n’en est qu’à ses débuts : il prévoit que chacun des deux pays mette en orbite un ou deux satellites capables de surveiller en continu les lancements de missiles depuis l’espace. Selon Fabian Hoffman, même dans les scénarios les plus optimistes, l’Europe ne disposera pas de capacités d’alerte avancée depuis l’espace avant le début des années 2030.

L’actualisation de la loi de programmation militaire, promulguée par Emmanuel Macron, accorde davantage de crédits à l’alerte avancée.


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