Donald Trump suspend les sanctions contre Moscou pour éviter une hausse à la pompe avant les midterms
Donald Trump a signé un décret exonérant la Russie des sanctions votées à la mi-septembre par le Congrès, quarante-huit heures à peine avant leur entrée en vigueur. La décision intervient à quelques semaines des élections de mi-mandat, alors que l’inflation énergétique pèse sur la popularité du président.

Le contexte est celui d’un marché pétrolier sous tension, en raison des opérations militaires en Iran. Aux États-Unis, le gazole a franchi la barre des 6 dollars le gallon dans certains États, un niveau qui n’avait pas été atteint depuis le printemps 2022, au moment de l’invasion de l’Ukraine.
En gelant la loi Graham, du nom du sénateur républicain Lindsey Graham, mort en juillet, Washington épargne à Moscou des droits de douane pouvant atteindre 100 % sur les achats d’énergie russe de la Chine et de l’Inde, ses deux principaux clients. La Maison-Blanche évite ainsi également un tir groupé contre la flotte fantôme de pétroliers. Le Kremlin s’est aussitôt félicité de la décision. Son conseiller économique, Kirill Dmitriev, l’a saluée comme « véritablement historique ».
Sur le terrain politique, le président russe, apparu en uniforme militaire, a réaffirmé son intention d’annexer l’ensemble de l’est ukrainien, au terme de la cinquième année de guerre. À Kiev, la décision est particulièrement difficile à accepter. Volodymyr Zelensky voyait dans la loi Graham un nouveau levier pour assécher les caisses de l’armée russe.
Des prix à la pompe qui pèsent sur la popularité présidentielle
Face à des républicains mal placés dans les sondages, la Maison-Blanche espère qu’un afflux de carburant russe fera refluer les prix et apaisera les ménages les plus déçus par le mandat de Donald Trump. Le calcul pourrait toutefois se retourner contre lui. Même avec les verrous juridiques levés, la Russie n’a pas les moyens d’inonder le marché, car les drones ukrainiens ont frappé les infrastructures de l’ouest du pays et paralysé entre 10 % et 15 % des capacités de raffinage. Ces frappes répétées ont provoqué de graves pénuries sur le territoire russe, au point que le gouvernement a dû restreindre ses propres expéditions d’essence. Le carburant sur lequel compte Washington dépend donc aussi des opérations de l’armée ukrainienne, déterminée à briser la principale source de revenus du régime russe.
À moins de trois semaines du scrutin du 3 novembre, plus de 70 % des Américains désapprouvent en moyenne la gestion de l’inflation par Donald Trump, selon l’agrégateur Silver Bulletin, et sa cote de popularité serait retombée autour de 30 %. Les électeurs lui imputent l’essentiel de la hausse. Un sondage de Data for Progress indiquait par ailleurs que le Parti républicain est tenu pour responsable de l’augmentation des carburants depuis le déclenchement du conflit avec l’Iran. Le président lui-même a alimenté le malaise en qualifiant ces prix élevés de « petit prix à payer » pour atteindre ses objectifs de guerre.





