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Arcadia : comment l’armée française riposte au géant Palantir ?

  • La rédaction
  • 21 Oct 2026
  • Informatique

L’armée française développe Arcadia, un écosystème numérique destiné à commander les opérations, présenté comme une alternative au système d’intelligence artificielle militaire Maven, du groupe américain Palantir. Le déploiement doit commencer fin 2027. L’enjeu central est la préservation des données utilisées par les armées françaises et européennes de l’Otan.

Arcadia : comment l’armée française riposte au géant Palantir ?



Le général Jacques de Montgros, nouveau chef d’état-major de l’armée de terre, a fait de l’innovation et de l’intelligence artificielle « la priorité » de ses troupes, estimant que ces technologies sont susceptibles de modifier « la nature du combat terrestre ». Lors d’une audition à l’Assemblée nationale, il a indiqué que l’armée de terre allait « se structurer, se massifier, passer à l’échelle dans le domaine de l’IA et des systèmes autonomes ».

À quoi servent ces systèmes d’IA militaire ?

Sur terre, en mer, dans les airs ou dans l’espace, la guerre produit une masse considérable de données qu’il faut comprendre et analyser avant de prendre une décision. Un haut gradé français illustre cette masse : « Actuellement, sur le front ukrainien, il y a 10 millions d’interceptions (de données) par minute ». Sans l’intelligence artificielle, il serait impossible de trier, classer et faire ressortir celles qui ont du sens. Les militaires peuvent ensuite les exploiter pour la maintenance prédictive des équipements ou le ciblage d’objectifs.

Thierry Seren, de l’industriel français Thales, cite le cas du système Maven de Palantir. Pendant le conflit iranien, il permettrait de gérer « des milliers de cibles par jour, contre quelques dizaines si cela avait été fait à la main », a-t-il expliqué aux Rencontres stratégiques de la Méditerranée (RSMED).

Qu’est-ce qu’Arcadia ?

Lancé en 2025, Arcadia se présente comme un écosystème de commandement et de contrôle (C2) des opérations, construit autour de la donnée et enrichi par l’IA. Il repose sur trois niveaux. Le premier est un socle comprenant un cloud hébergeant les données dans de grands « data centers » situés sur le territoire, ainsi que des serveurs plus petits, déployables dans un poste de commandement, à bord d’un navire ou dans un véhicule. Une source militaire explique que, la liaison pouvant être perdue en raison du brouillage, des « data hubs de l’avant » pourront travailler de manière autonome.

Le deuxième niveau regroupe les données issues de capteurs variés, comme les images satellitaires, les écoutes électromagnétiques ou la cartographie. Elles sont rassemblées sur une plateforme baptisée Artemis IA, exploitée par la Direction du renseignement militaire (DRM) depuis 2023. Le troisième niveau est constitué d’applications de commandement, qui permettent notamment le partage de la situation opérationnelle, la vidéo ou le ciblage. Les cas d’usage, précise le Commissariat au numérique de défense (CND), qui pilote le projet, sont définis par les opérations.

Un accord-cadre signé en décembre, dont les détails ne sont pas divulgués, permet au ministère des Armées d’utiliser le modèle d’IA générative développé par le français Mistral. Le déploiement doit commencer par des « core services », comme une messagerie et le partage de fichiers, avant les autres briques, telles que la logistique ou le ciblage.

La question de la donnée

Le général Fabien Mandon, le plus haut gradé français, estime que « la capacité à maîtriser les données sera au cœur des enjeux de souveraineté » et qu’il faut « une solution européenne ». Pour lui, Arcadia « est une alternative à Maven ». Selon Thierry Seren, des acteurs comme Palantir et Anduril ont émergé à la suite de la stratégie publiée par le Pentagone en 2020, et une certaine opacité entoure la manière dont ils exploitent les données des États.

L’ancien général Jérôme Bordelles, longtemps chargé des sujets numériques à l’état-major, pointe un autre risque pour un utilisateur non américain. Il estime que les entreprises américaines comme Palantir sont soumises au « Cloud Act », qui rend les données accessibles au gouvernement américain sur demande.

L’Otan utilise aujourd’hui Maven, et la question de la cohabitation avec Arcadia reste ouverte. Le premier test doit avoir lieu le 27 octobre en Lettonie, lors de l’exercice DiBax, selon le commandant suprême de l’alliance pour la transformation, l’amiral français Pierre Vandier. Il a rappelé : « C’est une bataille qu’on a menée avec Palantir », ajoutant avoir demandé aux industriels de démontrer « l’ouverture de votre système sur des solutions qui ne sont pas les vôtres ».


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