CCI : 4.000 commerces sont touchés et 1,5 milliard d’euros de pertes sont à craindre
Après les dégradations de commerces observées en marge des manifestations contre la vie chère, la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) a présenté un premier état des lieux national. Selon le réseau, 4.000 commerces ont été touchés en France, et les mobilisations ont aussi des effets indirects sur l’activité commerciale.

4.000 commerces touchés
D’après le réseau de la CCI, 4.000 commerces ont été touchés, dont 2.488 le 17 octobre. Lors du premier samedi de mobilisation, 1.061 établissements ont été « fortement dégradés » et 643 sont « encore fermés à ce jour », a indiqué Alain Di Crescenzo, président de CCI France.
À Paris, 480 commerces sont concernés, 315 à Lyon et 527 à Marseille, « la ville la plus touchée », rappelle Jean-Luc Chauvin, de la CCI Aix Marseille Provence. À l’ouest, Bordeaux en compte 158 et Rennes 143. Dans chaque ville, les dégâts « très importants » touchent la moitié des établissements.
Les commerces de luxe, d’habillement, les magasins de sport, de téléphonie, les bijouteries et les bureaux de tabac sont les « plus ciblés », selon la CCI. Le montant total des dégâts et des vols ne peut pas encore être chiffré, mais « ce qui est sûr, c’est que c’est très important car les commerçants avaient déjà reçu leur stock de marchandise pour la fin de l’année ». Pour le mobilier urbain et l’espace public, les collectivités ont chiffré « à plus de 10 millions d’euros » les dégâts de la journée du 17 octobre.
Un manque à gagner estimé à 1,5 milliard d’euros par week-end
Selon Alain Di Crescenzo, la CCI estime à 1,5 milliard d’euros la perte de chiffre d’affaires des commerces de proximité à l’échelle nationale pour chaque week-end où leur activité ne peut pas s’exercer. « Les mois de novembre et de décembre correspondent à 40 % de nos chiffres d’affaires annuels », détaille-t-il. Il reste huit week-ends jusqu’à la fin de l’année, soit « 5 % par week-end », des périodes où l’on réalise « 30 % de plus que pendant la semaine ».
Pour le président de CCI France, si « les choses ne s’arrangent pas, on va avoir un véritable coup de grâce ». Il cite la succession de crises depuis 2018, avec les « gilets jaunes », le Covid-19, la guerre en Ukraine, les « émeutes de 2023 » et la baisse du pouvoir d’achat. S’ajoute un été difficile, avec une fréquentation en recul de 20 % par rapport à d’autres étés, en raison de la « canicule historique » qui a touché la France.
Il rappelle également que la perte liée au mouvement des « gilets jaunes », de novembre à mars, a été en moyenne de « 400 millions par week-end ». En 2023, les émeutes ont entraîné « 730 millions d’euros de casses », a-t-il ajouté.
Aides d’urgence et dispositifs de sécurité
Face à la situation, les CCI ont mis en place des aides d’urgence : cellules psychologiques, téléphoniques et physiques d’accompagnement dans les démarches, pour que les professionnels soient pris en charge dans tous les domaines. Une expérience déjà vécue après le mouvement des « gilets jaunes », indique la CCI.
À Aix-Marseille, un fonds spécial de soutien d’urgence « pour les commerces pillés » a été créé avec la région. La collectivité a débloqué 5 millions d’euros, le département des Bouches-du-Rhône la même somme et la métropole Aix Marseille 1 million, ce fonds étant ouvert « à la solidarité des grandes entreprises ». Près de 12 millions d’euros ont été récoltés actuellement. Ce fonds doit permettre d’attribuer, « pour l’instant forfaitaire, de 10.000 euros pour chaque commerce impacté par des sinistres », pour mettre en place des dispositifs de sécurité, redémarrer l’activité ou compléter des franchises, a précisé Jean-Luc Chauvin.
Les conséquences ne se limitent pas aux dégâts matériels, elles pèsent aussi sur la fréquentation des centres-villes. « Les clients ne viennent pas quand trois vitrines sur quatre sont cassées », a insisté Jean-Luc Chauvin. Philippe Valentin, de la CCI de Lyon Métropole Saint-Étienne, cite le cas du « plus gros café de Lyon », qui a réalisé 117 euros de chiffre d’affaires sur la journée de samedi dernier. Les présidents des CCI demandent que les manifestations ne se tiennent plus dans les centres, « très inquiets » pour le week-end à venir et celui d’après, après l’appel de l’intersyndicale à la grève.
À Lyon, un dispositif « très particulier » a été mis en place : une cellule de crise, couplée directement avec la préfecture, engage des agents de sécurité privée pour défendre les commerces. « Le 17, en urgence, on a sauvé une vingtaine d’établissements, sur 200, grâce à ce dispositif. Et le 24,72 interventions ont été dénombrées pour éviter la casse des commerçants », a indiqué Philippe Valentin. Au total, 40 agents de sécurité privée ont été engagés pour le week-end dernier. « C’était une première et on ne sait pas si on va pouvoir réitérer ce dispositif », a-t-il ajouté.





