Industrie agroalimentaire : le ministre défend les usines, mais n’exclut pas une nouvelle hausse des prix en supermarché
L’industrie agroalimentaire française, confrontée à une concurrence étrangère toujours plus féroce, voit ses marges s’éroder. Interrogé par BFM Business au Salon international de l’alimentation (SIAL), le ministre de l’Industrie, Sébastien Martin, promet de soutenir le secteur, met en garde contre un alourdissement de la taxe sur le sucre et appelle la grande distribution à tenir compte des difficultés des producteurs.

Moins nombreuses que leurs concurrentes italiennes au SIAL, les entreprises françaises s’inquiètent de leur perte de compétitivité. Marges comprimées, coûts de l’énergie, difficultés à l’export, tensions avec la grande distribution et nouvelle taxe sur le sucre figurent parmi les motifs d’inquiétude d’une filière qui reste, selon le ministre, la première industrie du pays, avec 430.000 salariés répartis dans 15.000 usines.
Pour Sébastien Martin, la présence nombreuse de partenaires au salon témoigne de l’attractivité de l’événement et du rôle de la France comme place forte de la production alimentaire. Il reconnaît toutefois que le secteur doit être accompagné, car il fait face à des problèmes de marges, de compétitivité et de modernisation de ses outils industriels.
Suramortissement et soutien aux PME
Le ministre cite plusieurs dispositifs. Le projet de loi de finances prévoit un suramortissement, avantage fiscal destiné aux investissements de modernisation. Les entreprises qui investissent dans des robots ou des lignes de production numérisées pourraient en bénéficier, à hauteur de 40 % à 80 %, et jusqu’à 120 % dans les territoires ultramarins.
Sébastien Martin indique par ailleurs signer avec l’ensemble des Conseils régionaux un dispositif s’appuyant sur France 2030 pour accompagner la modernisation des PME industrielles, dont un grand nombre opère dans l’agroalimentaire. Il souligne enfin que le gouvernement a fait le choix de ne pas augmenter les impôts dans son budget, une orientation qu’il présente comme très attendue.
Taxe sur le sucre et grande distribution
Sur le budget, l’industrie agroalimentaire s’oppose à la taxe sur le sucre. Le ministre rappelle qu’elle a été conçue pour encadrer le débat, l’an dernier ayant été jugé « assez démesuré ». Il assure que le gouvernement s’opposera à toute proposition parlementaire qui aggraverait le dispositif tel qu’il est proposé, tout en estimant qu’il mérite d’être affiné pendant les débats. Il ajoute que les comportements des consommateurs évoluent et qu’il faut parfois les accompagner, l’objectif étant de « ne pas pénaliser notre industrie ».
Concernant les relations avec la grande distribution, Sébastien Martin rappelle que les ministres du Commerce, Serge Papin, et de l’Agriculture, Annie Genevard, ont souligné le contexte particulier des négociations commerciales annuelles, qui s’ouvrent après une sécheresse et une canicule ayant pesé sur l’agriculture. Il estime souhaitable que la distribution en tienne compte, tout en précisant que le gouvernement n’a pas vocation à siéger à la table des discussions.
Interrogé sur un risque d’inflation alimentaire, le ministre répond qu’il ne sait pas à quoi aboutiront les négociations, mais que « les consommateurs ont une partie de la réponse ». Sur les coûts de l’énergie, il évoque l’électricité nucléaire, qu’il qualifie d’extrêmement importante, et les vagues successives d’inflation, liées aux crises de 2022 puis à celle qu’il juge actuelle, qui ont progressivement rogné les marges. Il affirme que la responsabilité du gouvernement est de permettre à l’industrie de retrouver des marges et d’être moins freinée par des normes successives, car, selon lui, « nos industriels ont besoin d’avoir un peu moins de boulets aux pieds ».





