Automobile en Turquie : l’exclusion du label » Made in Europe » met l’industrie locale en colère
Le compromis trouvé entre Paris et Berlin pour favoriser les voitures produites en Europe laisse la Turquie à l’écart, une décision dénoncée par Ankara. Selon les professionnels turcs, l’accord pourrait faire augmenter le prix des véhicules pour les automobilistes européens.

Le futur label « Made in Europe » pourrait provoquer un véritable choc pour l’industrie automobile du continent. Exclue du compromis négocié entre Paris et Berlin, la Turquie, base arrière incontournable des constructeurs européens, tire la sonnette d’alarme.
Le pays compte 14 constructeurs installés sur son sol, dont Renault et Ford, ainsi que plus de 500 équipementiers majeurs comme Valeo, Forvia ou Bosch. Au total, près de 550.000 personnes travaillent directement ou indirectement pour cette industrie, et près des trois quarts de ses exportations sont destinés à l’Union européenne.
Des chaînes d’approvisionnement en péril
La mise à l’écart de la Turquie du dispositif européen suscite l’incompréhension des professionnels du secteur. Kemal Yazici, président de l’Association turque des exportateurs automobiles, interrogé par BFM Business, estime que l’accord « ne correspond pas à notre union douanière, ni aux relations que nous avons construites depuis 60 ans ». Il ajoute : « Il va détruire les chaînes d’approvisionnement. C’est mauvais pour tout le monde. Ce sera un échec. Nous ne voulons pas de ça. »
Les échanges entre la Turquie et l’Union européenne portent sur près de 54 milliards d’euros de véhicules et de pièces chaque année. L’usine Renault de Bursa, qui assemble notamment la Clio destinée au marché européen, illustre cette intégration.
Une facture plus lourde pour le consommateur
Kemal Yazici affirme que « le prix des voitures en Europe va augmenter ». « Selon nos calculs, cette hausse sera comprise entre 4 et 9%, en fonction des modèles », précise-t-il, avant d’ajouter : « Ce n’est pas une bonne nouvelle pour les consommateurs européens, qui vont payer plus cher pour le même véhicule. »
Pour une Renault Clio dont le tarif démarre à 19.900 euros, le prix pourrait atteindre entre 20.700 et 21.700 euros, soit une hausse de 800 à 1.800 euros. Sur la version haut de gamme « Esprit Alpine » en motorisation hybride, affichée à partir de 31.650 euros, la hausse pourrait atteindre près de 2.900 euros.
La Turquie demeure par ailleurs un débouché essentiel pour les constructeurs du Vieux Continent, puisque près de 800.000 véhicules y ont été exportés l’an dernier. Ankara tente encore d’infléchir le texte lors des négociations à Bruxelles, alors que le Royaume-Uni, la Norvège et la Suisse devraient, eux, être intégrés au « Made in Europe ».
Ce compromis franco-allemand s’inscrit dans le nouveau « paquet automobile » européen et doit encore être formellement validé. Un vote décisif est attendu au Parlement européen autour du 23 novembre, pour une adoption définitive espérée au début de l’année 2027.





