La Turquie veut tirer parti de l’accord entre Trump et Poutine
La Turquie veut profiter de la détente américaine sur les exportations de carburants russes. Dimanche 18 octobre, son ministre de l’Énergie, Alparslan Bayraktar, a annoncé qu’Ankara récupérerait une partie du diesel que Moscou prévoit de remettre sur le marché dans le cadre de son accord avec Donald Trump.

« Grâce aux discussions que nous avons menées, nous en acheminerons une partie vers la Turquie », a-t-il déclaré à Kanal 7, selon Reuters. Aucun volume, calendrier ni prix n’a toutefois été précisé.
Annoncé le 9 octobre, l’arrangement entre Washington et Moscou doit permettre à la Russie d’exporter plus de 300 000 tonnes de gazole dans un premier temps, puis 500 000 tonnes en novembre et un million de tonnes supplémentaires ensuite, selon Donald Trump. Washington a assoupli certaines restrictions visant ce carburant pour détendre un marché mondial perturbé par la guerre au Moyen-Orient et les frappes ukrainiennes contre les raffineries russes.
La dépendance turque à la Russie
Pour Ankara, l’enjeu est considérable. En 2025, la Russie fournissait 85 % des importations turques de diesel, soit environ 281 000 barils par jour, selon le régulateur national de l’énergie. Mais les restrictions décidées par Moscou pour protéger son marché intérieur ont réduit cette part à environ 20 % en août 2026.
La Turquie a dû chercher d’autres fournisseurs. Selon les données de Kpler citées par Reuters, ses arrivages de diesel indien ont dépassé 120 000 barils par jour en août, contre 90 000 depuis les États-Unis, des niveaux records.
Le retour du diesel russe pourrait donc soulager les importateurs turcs, sans garantir une baisse immédiate des prix. La capacité de Moscou à honorer ses engagements reste par ailleurs incertaine : les frappes ukrainiennes ont réduit l’activité de plusieurs raffineries et les sanctions compliquent encore le transport maritime.
Un accord contesté
Le rapprochement énergétique intervient alors que Washington réexamine sa politique de sanctions contre Moscou. Le secrétaire d’État Marco Rubio a évoqué une période pouvant atteindre 60 jours pour en mesurer les effets économiques. L’accord sur le diesel suscite des critiques en Ukraine, en Europe et jusque dans les rangs républicains, certains redoutant de nouvelles recettes pour la Russie.
Ankara, elle, veut diversifier ses approvisionnements tout en augmentant sa production d’énergie. En mer Noire, le champ gazier de Sakarya doit passer de 9,5 millions de mètres cubes par jour actuellement à 20 millions en 2027, puis 45 millions en 2028, selon les objectifs de Bayraktar. Mais à court terme, le diesel russe demeure crucial pour cette économie très dépendante de l’énergie importée.





