Cuivre : le pillage s’industrialise en France, avec déjà 850 stations de recharge ciblées
Plus de 850 stations de recharge rapide ont été ciblées par le vol de câbles en cuivre depuis le mois de janvier, soit 10 % du réseau de recharge rapide en France, selon le dernier bilan publié mardi 3 novembre par l’association professionnelle Charge France. Le préjudice s’élève déjà à 18 millions d’euros, et l’association interpelle le gouvernement avant l’élection présidentielle de 2027.

Longtemps assimilé à un vandalisme opportuniste, le vol de cuivre semble désormais avoir pris une dimension industrielle. Pour Electra, Totalenergies, Driveco ou Powerdot, la facture globale atteint 18 millions d’euros. Chaque câble volé ne rapporte qu’entre 30 et 80 euros de matière première à la revente chez un receleur, alors que la réparation d’une borne peut coûter entre 1.500 et 8.000 euros selon les équipements. Le préjudice comprend aussi le manque à gagner lié à l’indisponibilité des stations, la perte de confiance des automobilistes face au risque de « station fantôme » sur autoroute, et l’explosion des franchises d’assurance.
Ces attaques sont devenues hebdomadaires, comme le relève Gautier Chatelus, président de Driveco : « Sur notre réseau de plus de 450 stations, nous constatons presque chaque semaine un ou plusieurs actes de vol de câbles (…) Ces actes ont un impact direct sur le service rendu à nos clients : une station touchée ne peut plus fonctionner pleinement. »
Des méthodes de plus en plus lourdes
Les images de vidéosurveillance montrent des commandos opérant de nuit, munis de coupe-câbles hydrauliques portatifs sur batterie et de meuleuses de chantier. En février 2026, le cofondateur d’Electra, Aurélien de Meaux, avait publié en vidéo un exemple de ces opérations sur LinkedIn.
Cette pratique, déjà constatée par une équipe de BFM Grand Lille après un vol sur une station TotalEnergies à Marcq-en-Barœul (Nord), inquiète les forces de l’ordre. Jean-Pierre Cloez, délégué du syndicat Alliance Police Nationale, notait : « On peut vite le sectionner, c’est facilement transportable. On n’a pas besoin d’une logistique énorme. » Il ajoutait qu’un véhicule léger, voire une trottinette et un sac à dos, suffisaient pour dérober ces câbles.
Face à ces outils, les premières protections physiques ont montré leurs limites, plusieurs stations équipées de gaines renforcées ayant été découpées sans difficulté apparente.
Une riposte technique et judiciaire
Driveco déploie progressivement des gaines de protection en Kevlar autour des câbles, intégrant des puces GSM, selon Gautier Chatelus. Cette répétition des attaques pèse sur la continuité du service, alors que 71 % des utilisateurs de véhicules 100 % électriques dépendent du réseau public pour leurs déplacements, d’après une enquête Enedis-CSA publiée en octobre 2026. Xavier Bourrat, directeur régional TotalEnergies dans les Hauts-de-France, indique pour sa part que les câbles peuvent être remplacés « en une quinzaine de jours ».
Du côté judiciaire, Charge France recense 15 mises en examen depuis le début de l’année, dont sept sur la seule période de septembre et octobre. Les tribunaux de Toulouse, Troyes et Nantes ont prononcé des peines de prison ferme assorties de mandats de dépôt, allant jusqu’à deux ans d’emprisonnement ferme, ainsi que des interdictions du territoire français pouvant aller jusqu’à dix ans. Les condamnés doivent également rembourser intégralement les préjudices subis par les opérateurs.
Un appel à un plan national
La France comptait plus de 40.000 points de recharge rapide à la fin septembre 2026, mais ces dégradations en série menacent la pérennité du modèle économique. Matthieu Dischamps, secrétaire général de Charge France et directeur général de Powerdot, réclame des engagements clairs des candidats à la présidentielle de 2027 : « On ne peut pas demander aux Français de passer à l’électrique et les laisser face à des bornes rendues inutilisables par des vols. »
L’association demande une action immédiate des ministères de l’Intérieur et de la Justice. Elle préconise un plan structuré autour de trois axes : la centralisation des procédures entre parquets pour démanteler les réseaux organisés, des contrôles accrus chez les ferrailleurs pour fermer les filières de recel du cuivre, et des interventions policières rapides déclenchées par les alarmes connectées des bornes.





