Elon Musk : comment de vieux moteurs d’avion très polluants alimentent ses centres de données
Alors que le prix de l’électricité grimpe aux États-Unis, plusieurs entreprises se disputent les moteurs de vieux avions pour les transformer en générateurs électriques. Une solution qui ne fait pas l’unanimité.

Entre des prix de l’électricité en hausse et des centres de données toujours plus gourmands en énergie, les géants américains de la tech cherchent des solutions alternatives. Cette quête a été initiée par le président Trump lui-même, qui a déclaré : « c’est mon idée, j’ai imposé aux centres de données de produire leur propre électricité, afin qu’ils ne la puisent pas sur le réseau public ». Une piste explorée notamment, comme le rapporte le New York Times, par la récupération de moteurs d’avions réformés.
Les cimetières d’avions aux États-Unis sont devenus un terrain prisé de ces entreprises, qui se disputent ces moteurs même lorsqu’ils n’ont pas tourné depuis des années. Le stock est considérable : en janvier, l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA) a indiqué que les moteurs des 4.000 anciens avions militaires stockés sur une seule base désertique, près de Tucson, pourraient générer 40.000 mégawatts. Une capacité supérieure à celle de tout un État.
Des turbines reconverties pour alimenter les data centers
Des entreprises spécialisées se chargent ensuite de transformer ces moteurs en générateurs. ProEnergy figure parmi les premières à s’être lancée sur ce créneau, en adaptant des turbines General Electric que l’on trouve couramment sur les avions Boeing. Chaque turbine peut produire 50 mégawatts d’électricité, soit de quoi alimenter 15.000 foyers. Selon l’entreprise, la demande émanant des centres de données dépasse désormais celle des fournisseurs d’énergie traditionnels.
Pour les entreprises qui doivent parfois attendre des années avant de se raccorder au réseau électrique ou d’obtenir des turbines conventionnelles, ces unités constituent une solution rapide. Parmi les utilisateurs figure xAI, l’entreprise d’intelligence artificielle d’Elon Musk. Selon le New York Times, elle a installé huit turbines de Boeing 747 et 767 reconverties par ProEnergy dans le Mississippi, pour alimenter Colossus 2, l’un de ses immenses centres de données. Elon Musk avait déclaré : « Les puces vont s’accumuler sans pouvoir être mises en service ».
Des autorisations de polluer davantage
Si l’idée peut sembler séduisante pour préserver les ressources publiques, elle présente aussi un volet polluant. xAI a reçu l’autorisation d’émettre du monoxyde de carbone à un taux deux fois plus élevé que les autres turbines présentes sur le site. Les autorisations prévoient également un seuil supérieur de 25 % pour les composés organiques volatils. Or le monoxyde de carbone comme les composés organiques volatils présentent des risques importants pour la santé.
Le Southern Environmental Law Center a contesté ces autorisations, estimant que xAI a sous-estimé les rejets prévus et n’a pas démontré le respect de certaines limites. L’association de défense des droits civiques NAACP et des associations environnementales ont également attaqué l’entreprise en justice, tandis que des riverains se plaignent d’un bruit constant, jour et nuit, généré par les turbines. Des actions collectives ont été lancées.
L’administration Trump défend pourtant l’entreprise d’Elon Musk. Dans ses conclusions, elle affirme que les recours intentés menacent la sécurité nationale, en compromettant l’objectif de Donald Trump d’assurer une « domination mondiale dans le domaine de l’intelligence artificielle ». Pour Audun Martinsen, analyste au sein d’un cabinet de recherche spécialisé dans le secteur de l’énergie, interrogé par le quotidien, « l’enjeu est avant tout d’obtenir de l’énergie le plus rapidement possible », indépendamment du coût ou de l’efficacité.





