L’anglais reste un angle mort qui continue de freiner les carrières
Les plans de formation des entreprises s’articulent aujourd’hui autour de l’intelligence artificielle, du management, des certifications et des expertises techniques. Une compétence beaucoup moins nouvelle continue pourtant de fermer des portes : l’anglais, dont les conséquences d’une maîtrise insuffisante restent largement sous-estimées.

À chaque rentrée, les entreprises s’interrogent sur les savoir-faire de demain, sur les métiers appelés à évoluer et sur les formations à proposer aux collaborateurs. Le risque, à force de regarder vers l’avenir, est d’oublier ce qui freine déjà les salariés. Personne ne conteste l’utilité de l’anglais. Il est appris dès l’école, figure sur les CV, sert dans les études supérieures et reste omniprésent dans certains secteurs. Cette familiarité même en fait un angle mort, car entre « parler anglais » et défendre une idée, convaincre un client ou prendre la parole lors d’une réunion internationale, l’écart peut être important.
Un commercial peut connaître parfaitement son marché et perdre de son impact lorsqu’il doit présenter une offre en anglais. Un manager compétent peut se mettre en retrait dès que la réunion devient internationale, et un expert peut laisser un collègue présenter son travail faute de se sentir assez à l’aise. Le problème n’est alors plus seulement linguistique. Lorsqu’un collaborateur ne défend pas une proposition ou n’exprime pas pleinement son expertise, l’entreprise elle-même se prive d’une partie de sa valeur.
Quand l’anglais neutralise d’autres compétences
La formation professionnelle est souvent conçue par addition : une compétence technique de plus, une certification supplémentaire, un module de management ou la maîtrise d’un nouvel outil. Or toutes les compétences ne fonctionnent pas indépendamment les unes des autres. Certaines permettent aux autres de s’exprimer.
Les chiffres cités dans l’article donnent la mesure du phénomène. 36,1 % des Français pensent avoir déjà perdu une opportunité professionnelle, qu’il s’agisse d’un poste, d’une promotion, d’un contrat ou d’un marché, à cause de leur niveau d’anglais. Plus frappant encore, 67,7 % ont déjà évité de prendre la parole en réunion, lors d’un salon professionnel ou face à un client international, par crainte de ne pas être à l’aise en anglais. La question n’est donc pas seulement celle du vocabulaire ou de la grammaire, mais celle des idées qui ne sont pas exprimées et des occasions de convaincre qui sont manquées.
Savoir ne veut pas forcément dire oser
Le niveau d’une langue s’exprime généralement par les repères A1, A2, B1, B2 ou C1. Ces repères sont utiles, mais ils ne disent qu’une partie de la réalité du travail, car ils ne distinguent pas toujours la compréhension de l’expression. Il est possible de suivre une conversation en anglais sans parvenir à intervenir spontanément, ou de lire parfaitement un document tout en perdant ses moyens lorsqu’il faut présenter un projet. Selon les chiffres de l’article, 87,4 % des Français ressentent souvent ou parfois du stress à l’idée de parler anglais devant un public, lors d’une réunion, d’une conférence ou d’un pitch.
Le véritable enjeu de la formation linguistique consiste donc à passer de la connaissance à l’usage. Il ne s’agit pas de faire de chaque collaborateur un bilingue, mais de lui permettre de faire en anglais ce qu’il sait déjà faire en français : argumenter, négocier, manager, présenter des résultats ou répondre à une objection. L’objectif est pragmatique : que l’anglais n’empêche plus un salarié d’être aussi performant professionnellement que dans sa langue maternelle.
La rentrée, rappelle l’article, doit certes tourner le regard vers les transformations technologiques, économiques et organisationnelles. Mais avant de demander quelles compétences ajouter, il convient de se demander quelles compétences manquantes empêchent celles qui existent déjà de produire leur plein effet. Pour les entreprises qui travaillent avec des clients étrangers, disposent de filiales internationales ou visent de nouveaux marchés, l’anglais relève clairement de cette catégorie. La compétence la plus stratégique n’est donc pas toujours la plus récente : elle peut être la plus ancienne et la plus transversale, celle dont l’absence ferme silencieusement des portes.





