IA : comment évaluer l’esprit critique d’un salarié ?
Le projet de loi de finances 2027 prévoit 300 à 350 millions d’euros d’économies sur le compte personnel de formation (CPF). Selon les informations publiées par Les Échos le 23 septembre, le reste à charge du salarié passerait de 150 à 350 euros pour la majorité des titulaires. Rien n’est voté à ce stade.

Les pistes évoquées prévoient un filtre préalable sur la cohérence du projet professionnel du salarié. Les formations jugées prioritaires, ainsi que celles que l’employeur cofinance, seraient exonérées de cette hausse. Si le texte garde cette forme, l’employeur deviendrait le financeur d’une part croissante des compétences, y compris de celles qui permettent d’utiliser l’intelligence artificielle avec discernement. L’auteur de la tribune relève que « l’on ne finance pas durablement ce qu’on ne sait pas mesurer », et que l’esprit critique face à l’IA figure dans presque aucune grille d’évaluation. Il soutient qu’il peut toutefois s’observer, à condition de regarder les bons gestes de travail.
Ce que les entretiens annuels ne regardent pas
Le baromètre 2026 des soft skills de Lefebvre Dalloz Compétences, réalisé auprès de 553 professionnels, indique que 44 % des entreprises ont formé aux soft skills au cours des douze derniers mois. Ces entreprises investissent davantage dans l’évaluation continue de ces compétences. Selon la même étude, les managers se disent sensibilisés à l’IA, mais sous-estiment encore le rôle des soft skills dans la réussite de la transition.
L’auteur rapporte le cas d’un collaborateur qui a repris un compte rendu produit par un outil d’IA et l’a collé tel quel dans son document. La phrase finale de la machine, qui demandait si le texte convenait ou proposait de le retravailler, est restée en bas de page, et le document a circulé ainsi. Selon lui, les grilles d’évaluation ne captent pas ce qui se passe entre la réponse de l’outil et son envoi, c’est-à-dire la relecture, la vérification et l’hésitation. Un employeur qui cofinance une formation doit pourtant pouvoir dire quelle compétence il cherche à développer et comment il la reconnaît.
Quatre gestes de travail observables
Pour rendre l’esprit critique observable, l’auteur retient quatre gestes. Le premier consiste à demander ses sources dès le départ. Il l’illustre par un cas composite : un responsable RH demande à un assistant le texte applicable à une absence pour maladie et exige l’article cité. L’outil répond avec assurance, en citant une référence qui n’existe pas. Seule la demande initiale de la source permet de la détecter.
Le deuxième geste est de relire avant de transmettre, ce qui se voit dans un texte réécrit, des chiffres recoupés et l’absence de formule restée à la fin. Le troisième consiste à signaler un doute plutôt que valider par défaut, par exemple par une phrase du type « Ce point me paraît fragile, pouvez-vous le regarder ? ». Une telle remarque suppose, selon l’auteur, une équipe où douter ne coûte rien. Le quatrième geste est de reformuler une consigne quand l’outil se trompe : au lieu de répéter la demande ou d’abandonner, le collaborateur précise le contexte, le public et la contrainte.
L’auteur propose de poser quelques questions en entretien : comment avez-vous vérifié ce document, quelles sources avez-vous demandées, quel point vous a laissé un doute et à qui l’avez-vous signalé. Ces réponses, selon lui, valent aussi pour l’évaluation continue, car un geste de travail se constate à chaque livrable. Si la relecture est fragile dans une équipe, il estime qu’un atelier d’analyse de cas sur ses propres productions serait plus utile qu’un module générique sur les prompts.





