Au travail, pourquoi l’anglais devient-il encore plus stratégique alors que l’IA sait traduire ?
Les outils de traduction fondés sur l’intelligence artificielle progressent, et traduire un e-mail ou comprendre une conversation n’a jamais été aussi simple. Pourtant, l’anglais demeure au cœur des métiers qui recrutent.

Face à ces outils, la question revient souvent : pourquoi apprendre l’anglais si l’intelligence artificielle peut le faire à notre place ? La réponse apparaît lorsqu’on regarde le travail lui-même. Les métiers évoluent, les organisations s’internationalisent et les équipes travaillent à distance, parfois avec des collaborateurs situés à plusieurs milliers de kilomètres. Dans ce cadre, l’anglais devient une compétence d’exécution professionnelle.
Des métiers tournés vers l’international
Le World Economic Forum estime que les transformations économiques et technologiques pourraient créer 170 millions d’emplois et en déplacer 92 millions d’ici 2030. L’intelligence artificielle, la data, la cybersécurité et les technologies numériques figurent parmi les domaines appelés à connaître les plus importantes transformations. Ces métiers évoluent dans un environnement largement international, où l’anglais apparaît régulièrement comme langue de travail, dans la documentation technique, les logiciels ou les échanges avec des fournisseurs étrangers.
En France, les projections de France Stratégie et de la Dares montrent une forte dynamique pour les ingénieurs informatiques, les cadres commerciaux et technico-commerciaux, ainsi que pour les métiers de l’industrie, de la finance ou de la recherche. La transformation numérique ne rend donc pas nécessairement l’anglais moins utile. Elle pourrait plutôt déplacer les situations dans lesquelles sa maîtrise devient déterminante, qu’il s’agisse de la prospection, des achats, de la logistique ou de l’aéroportuaire.
Traduire n’est pas travailler
La confusion vient peut-être de là. Traduire une phrase et travailler dans une langue étrangère sont deux choses très différentes. Une intelligence artificielle peut proposer la traduction d’un e-mail, mais lors d’une négociation, il faut parfois répondre immédiatement. Pendant une réunion, il faut savoir interrompre avec diplomatie, et face à un client, argumenter, reformuler ou gérer une objection.
Lorsqu’un incident survient, le professionnel doit prendre une décision, et la langue intervient alors au même niveau que ses compétences métier. Le problème n’est donc plus seulement de comprendre les mots, mais de pouvoir agir.
Un financement plus encadré
Ce constat intervient alors que le financement de la formation évolue. Depuis le 26 février 2024, les droits mobilisables via le CPF pour les formations préparant à certaines certifications inscrites au Répertoire spécifique sont plafonnés à 1 500 euros, et le TOEIC fait partie des certifications concernées. Depuis le 1er avril 2024, la participation financière obligatoire liée au CPF est passée à 150 euros, sauf situations d’exonération prévues par les textes.
Ce changement pourrait amener à reformuler la question de l’apprentissage. Il ne s’agirait plus de savoir « combien d’heures d’anglais puis-je financer ? », mais « de quelles compétences linguistiques ai-je réellement besoin pour exercer ou faire évoluer mon métier ? ». Un acheteur, un commercial ou un ingénieur n’ont pas besoin du même anglais, et l’anglais professionnel devient d’autant plus efficace qu’il s’intègre aux situations réelles du travail.
L’intelligence artificielle prendra probablement en charge une part croissante des tâches linguistiques simples, comme traduire, corriger ou reformuler. Le professionnel n’aura peut-être plus à passer un quart d’heure sur la traduction d’un e-mail, mais il devra toujours savoir défendre une stratégie devant une équipe internationale ou négocier lorsque la situation sort du scénario prévu. Au fond, le véritable enjeu n’est plus de parler anglais, mais de pouvoir travailler, décider et évoluer professionnellement en anglais.





