Carburant : « comme une hausse d’impôt », la flambée a coûté plus de 1.000 dollars aux Américains et menace Donald Trump aux midterms
Les questions économiques et le coût de la vie figurent en tête des préoccupations des électeurs américains, avant des élections de mi-mandat très incertaines pour Donald Trump. Dans un contexte de flambée des prix de l’énergie liée au conflit avec l’Iran, les Républicains risquent de subir le même vote sanction que les Démocrates en 2024.

L’économie et les prix de l’énergie seront la première préoccupation des 210 millions d’électeurs appelés aux urnes ce mardi 3 novembre. La totalité de la Chambre des représentants et un tiers des sièges du Sénat sont remis en jeu. Selon le Pew Research Center, un centre de recherche spécialisé dans les sondages d’opinion, 84 % des électeurs inscrits affirment que l’économie sera un facteur déterminant de leur vote, plus que tout autre sujet.
L’offensive lancée par Donald Trump et Benjamin Netanyahou contre l’Iran a fait bondir les prix du carburant aux États-Unis. Le président américain a pris des mesures contestées, comme la levée des sanctions sur les hydrocarbures russes, pour tenter de calmer les prix à la pompe, notamment dans les bastions électoraux du Parti républicain, comme le Midwest.
Depuis le 28 février, le prix à la pompe d’un gallon de diesel (3,8 litres), carburant des tracteurs et des camions, est passé de 3,67 dollars à 6,29 dollars, soit un bond de 71 %, un record historique. Celui de l’essence a grimpé de 40 %, à 4,17 dollars, se rapprochant des sommets observés au pire de la crise énergétique de 2022, après l’invasion de l’Ukraine.
Cela correspond à un litre de diesel à 1,48 euro et un litre d’essence à 0,98 euro, des prix nettement inférieurs à ceux pratiqués de ce côté de l’Atlantique (2,28 euros le diesel et 2,08 euros le SP-95). La différence s’explique par le niveau des taxes et par le fait que les États-Unis sont le premier producteur de pétrole de la planète.
Il faut toutefois relativiser cette flambée. Une fois l’inflation prise en compte, les prix à la pompe restent inférieurs à leur record de juillet 2008, lorsque le baril avait atteint 148 dollars, à la veille de la crise financière, rappelle le Pew Research Center. « Ce mois-là, le prix moyen national de l’essence sans plomb ordinaire était de 6,18 dollars le gallon (en dollars actuels) et celui du diesel de 7,26 dollars le gallon », ajoute le centre.
Selon son calcul, fondé sur les chiffres du Pew pour un réservoir de 26 gallons, il fallait travailler près de 7 heures au salaire médian pour faire le plein en juillet 2008, contre un peu plus de 4 heures en octobre 2026, et 2 heures 43 juste avant la guerre. Ce précédent risque toutefois de peser peu dans l’esprit des électeurs : leur mémoire de l’inflation ne remonte généralement qu’à neuf mois avant le scrutin, selon une étude menée par des chercheurs de l’université Chapman.
Le même piège que Biden
Donald Trump se retrouve face au même risque politique que Joe Biden et les démocrates lors de la présidentielle de 2024 : voir la hausse des prix nourrir le mécontentement et se retourner contre son camp dans les urnes. « Si la vie moderne se résumait à un prix, ce serait celui de l’essence », estime Bob McNally, ancien conseiller en énergie de l’administration de George W. Bush, désormais président du cabinet Rapidan Energy, auprès du Financial Times. Pour lui, la hausse du prix des carburants équivaut « à une hausse d’impôt soudaine à laquelle les électeurs n’ont pas consenti et que le Congrès n’a pas approuvée ».
Un automobiliste américain dépense en moyenne 65 dollars de plus en carburant par mois qu’il y a un an, selon les calculs de l’Urban Institute, un groupe de réflexion américain. La facture est particulièrement lourde pour les habitants des régions rurales : le surcoût grimpe à 110 dollars par mois dans le Wyoming, soit environ deux heures et demie de travail au regard du revenu mensuel médian de cet État, contre 44 dollars dans l’État de New York.
Au total, la facture liée au surcoût du carburant est estimée à plus de 150 milliards de dollars (134 milliards d’euros) pour les ménages américains, selon des chercheurs de l’université de Brown, qui ont calculé l’incidence de la hausse des prix à la pompe depuis le 28 février. En prenant en compte d’autres facteurs, Mark Zandi, économiste en chef de Moody’s Analytics, estime pour sa part que la guerre a coûté près de 2.000 dollars aux ménages américains. La hausse des prix de l’énergie compte pour 1.100 dollars, celle des taux d’intérêt pour 540 dollars et le coût des opérations militaires pour 360 dollars par ménage, a-t-il expliqué sur X. « Rien d’étonnant, dès lors, que la guerre soit si impopulaire », a-t-il ajouté.
Des salaires réels en baisse
Ce surcoût est d’autant plus difficile à absorber que, pour l’instant, les salaires n’ont pas suivi l’inflation. Entre septembre 2025 et septembre 2026, le salaire horaire moyen réel a diminué de 0,7 %, selon le Bureau des statistiques du travail (BLS). Après avoir nettement augmenté l’an passé (+2,6 % en 2025, pour atteindre 87.460 dollars), le pouvoir d’achat des salariés américains a ainsi reculé cette année.
Or cette donnée serait la plus sensible sur le plan électoral, selon une étude récente menée par deux chercheurs des universités de Berkeley et de Georgetown à partir des données de la présidentielle de 2024. Celle-ci montre que ce n’est pas tant l’inflation que la baisse de la rémunération du travail qui est sanctionnée par les électeurs. Les régions où les salaires ajustés de l’inflation ont le plus baissé sont celles qui ont le plus progressé en faveur de Donald Trump, au détriment de Joe Biden.
Francesco Trebbi, professeur à l’université de Californie et l’un des co-auteurs, estime dans un article publié par son université que la situation pourrait se retourner contre les Républicains : « En 2026, tout en gardant à l’esprit qu’il s’agit d’élections de mi-mandat et que, dans notre analyse, les résultats concernant la Chambre des représentants sont beaucoup moins précis, cela pourrait signifier que la situation risque de se retourner contre les Républicains. Ils sont désormais au pouvoir, et les salaires réels ont progressé deux fois moins vite que le PIB réel au cours des deux dernières années. »





