TotalEnergies : la flambée du carburant devrait encore gonfler ses bénéfices au trimestre suivant
TotalEnergies doit publier des résultats trimestriels qui s’annoncent « exceptionnels », portés par la flambée des cours du carburant liée aux conflits en Ukraine et au Moyen-Orient. Le groupe met parallèlement en avant le rôle de son plafonnement des prix dans la protection du pouvoir d’achat.

Pour le troisième trimestre, les résultats du groupe pétrogazier français s’annoncent largement supérieurs à ceux du trimestre précédent, au cours duquel TotalEnergies avait annoncé un doublement de son bénéfice net, à 5,4 milliards de dollars. Le consensus des analystes, compilé par l’entreprise, prévoit un bénéfice net de 8,9 milliards de dollars entre juillet et septembre, soit plus du double de l’an dernier à la même époque.
Ahmed Ben Salem, spécialiste pétrole et gaz de la banque d’investissement ODDO BHF, explique à l’AFP : « À situation exceptionnelle, chiffres exceptionnels ». Il s’attend à un « doublement des profits » dans la branche gaz naturel liquéfié (GNL), grâce à la hausse des prix du gaz et aux activités de « trading » du groupe.
Le groupe devrait aussi présenter plus de 3,5 milliards de dollars de bénéfices sur la branche Raffinage et Chimie, grâce à des marges qui ont fortement augmenté. La différence entre le prix du baril brut arrivant dans les raffineries et le produit qui en ressort, comme l’essence ou le diesel, a atteint 33 dollars au troisième trimestre, contre 13 dollars au deuxième. Ces marges ont bondi de 146 % par rapport au trimestre précédent, portées par l’envolée des prix du gazole, conséquence de tensions d’approvisionnement sur ce carburant, le plus consommé en France.
Selon Ahmed Ben Salem, environ « 10 % des capacités de raffinage dans le monde ont été impactées » par les conflits. Les pétroliers peuvent ainsi augmenter leurs prix, le monde entier manquant de produits raffinés. Cette situation profite à l’ensemble des majors du secteur, comme Shell et BP, qui publieront également leurs résultats en fin de semaine.
Un plafonnement des prix au cœur de la communication
Ces bénéfices sont inhabituels pour le groupe, les activités de raffinage en France étant régulièrement déficitaires ou peu rentables. Début octobre, Patrick Pouyanné a fait valoir qu’ils devraient conduire TotalEnergies à payer « de l’ordre de 600 millions d’euros » d’impôts sur les sociétés en 2026. Habitué des critiques sur ses « superprofits », l’entreprise a été accusée fin septembre d’être un « profiteur de guerre » par la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, et elle a investi ces derniers mois pour redorer son image.
Face à la hausse du gazole, à 2,38 euros le litre, le groupe a instauré depuis le début du conflit, avec quelques interruptions, un plafonnement à 1,99 euro le litre d’essence et à 2,25 euros le litre de gazole dans ses 3.300 stations-service françaises. Le coût de la mesure est chiffré à environ 500 millions d’euros par le groupe, à mettre en regard de profits de plus de 5 milliards réalisés sur les mois d’avril, mai et juin 2026.
Dans une émission qui sera diffusée vendredi sur Public Sénat, Patrick Pouyanné se félicite : « Si j’arrive à réconcilier (…) une entreprise qui marche et le fait qu’elle soit appréciée, je pense que (…) les 500 millions d’euros ou plus qu’on aura investis à la fin de l’année sont un vrai investissement ». Il veut croire que son groupe devient « la marque la plus populaire du pays ». Il répète depuis plusieurs mois qu’en cas de surtaxation des bénéfices de l’entreprise, « le plafond va s’arrêter ».
Des appels à « taxer les superprofits »
Plusieurs ONG ont appelé à manifester à proximité de l’Assemblée nationale pour demander de « taxer les superprofits » des entreprises fossiles, afin de « financer les services publics, la transition écologique et le soutien aux ménages ». Le plafonnement a permis au groupe d’augmenter sa part de marché dans la distribution de carburants, de 23 % en 2025 à plus de 30 %. D’autres acteurs du secteur s’en sont plaints, et certains ont saisi mi-juillet l’Autorité de la concurrence « pour abus de position dominante et concurrence déloyale ».
Sur le plan interne, le groupe affiche son « soutien » au pouvoir d’achat de ses salariés, quelques semaines après un mouvement de grève dans ses raffineries. Il a confirmé le versement d’une avance sur prime de 1.000 euros bruts et annoncé des mesures pour favoriser l’actionnariat salarié et étendre les ristournes carburant à ses employés, dans un communiqué.





