Le CNC relance un fonds d’aide de 6 millions d’euros par an pour les créateurs de contenu
Le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) va consacrer 6 millions d’euros par an à l’économie des influenceurs grâce au Fonds d’aide à la création pour les plateformes sociales. Suspendu au printemps après une polémique, ce dispositif, créé en 2017, est relancé avec une structure revue, mais une partie des créateurs de contenu juge l’effort insuffisant.
Une relance après une période de crise
La suspension du fonds faisait suite à la « polémique Ultia », du nom de cette streameuse siégeant à la commission d’attribution. Ses déclarations avaient soulevé des interrogations sur les critères de sélection de l’institution. Le CNC l’avait écartée, reconnaissant que ces propos ne respectaient pas l’obligation de neutralité, d’indépendance et d’impartialité des commissions. La relance intervient après des attaques virulentes contre le CNC, qui ont conduit à deux dépôts de plainte pour menaces de mort. À ce jour, ce fonds demeure l’unique aide publique destinée aux créateurs de contenu.
La nouvelle structure permettra de soutenir des créateurs émergents avec des bourses de 10 000 euros, ainsi que des créateurs confirmés, avec des chèques allant jusqu’à plusieurs centaines de milliers d’euros. Jusqu’alors, ces aides ne pouvaient excéder 30 000 ou 50 000 euros par projet. Cette évolution a été imposée par l’allongement des formats et la hausse des budgets de production, notamment sous l’influence de la télévision.
Une première réforme avait déjà été engagée en 2025. Elle écartait les contenus d’information, susceptibles de « dériver vers des contenus politiques », ainsi que le soutien aux chaînes de créateurs, dont l’intégralité des contenus et leur évolution sont difficiles à garantir. Le CNC a confié à Maxime Boutron, conseiller d’État, une mission visant à élaborer des recommandations. Deux collèges, et non plus une commission unique, sélectionnent désormais les projets, afin de spécialiser davantage le fonds et de mieux absorber le volume de dossiers.
Le CNC prévoit également d’autres mécanismes, parmi lesquels un « guichet automatique » destiné à avancer la trésorerie aux auteurs. Ce dispositif fait encore l’objet d’une concertation avec les acteurs du secteur.
Des créateurs qui jugent le soutien insuffisant
Malgré la relance et le doublement de l’enveloppe, les créateurs expriment leur déception. Roxane Tyrbas, à la tête du « collectif du 11 avril », qui s’était constitué après la suspension du fonds et représente plus de 200 influenceurs, réagit : « Ces montants sont anecdotiques. Il était temps que le soutien public soit plus ambitieux. On en est loin ! D’autant que les 6 millions incluent l’enveloppe de 2026 qui n’avait pas été dépensée et les 3 millions déjà prévus. »
Gaëtan Bruel, président du CNC, répond : « Il s’agit bien d’un engagement à doter le fonds de 6 millions d’euros par an. » Il ajoute que « le soutien du CNC à la creator economy est inédit par son ampleur » et que l’institution pourra accorder aux créateurs « les mêmes montants que ceux attribués au cinéma, aux séries TV ou aux jeux vidéo ».
L’Union des métiers de l’influence et des créateurs de contenu (UMICC) espérait une dotation d’une dizaine de millions d’euros. Sa déléguée générale, Bénédicte de Kersauson, dénonce « un mirage », relevant que le CNC va percevoir deux fois plus de recettes des plateformes via la « taxe TSV », sans que la creator economy en bénéficie. L’UMICC entend faire pression pour que l’augmentation de cette taxe, prévue dans le projet de loi de finances, soit fléchée vers un fonds dédié à l’économie de la création numérique.
Selon les données rapportées dans l’article, les collaborations commerciales entre créateurs et marques génèrent environ 80 % des recettes du secteur. Dans son rapport, Maxime Boutron voit dans cette dépendance un obstacle à l’indépendance de la création. Gaëtan Bruel souligne pour sa part que « pour la première fois dans l’histoire des images, des diffuseurs ne préfinancent pas la création ». Bénédicte de Kersauson, elle, estime qu' »il ne s’agit que de communication » et que « l’économie de la création numérique est le trou dans la raquette dans le circuit du financement de la culture ».






