État et régions : pourquoi leur relation tourne au « je t’aide, moi non plus »
Lors du sommet Choose France, organisé le 1er juin 2026 à Versailles, le président de la République a annoncé 71 nouveaux investissements en France, pour un montant record de 93 milliards d’euros et plus de 15 000 emplois. Dans une tribune, l’auteur relève que les régions, qui disposent depuis la loi NOTRe de 2015 d’une compétence renforcée en matière de développement économique, ont découvert ces projets le jour même.
Le sommet s’est tenu dans le palais d’un monarque dont l’une des formules les plus célèbres est « L’État, c’est moi ». Les régions, appelées à accueillir et accompagner ces projets, ont appris le jour même les projets concernés, les montants impliqués et les lieux ciblés, ce que la tribune qualifie de paradoxe au regard des enjeux engagés.
Des moyens régionaux limités
Le plan France 2030, lancé en 2021 pour financer l’innovation et la réindustrialisation, illustre selon l’auteur la même logique. Sur ses 54 milliards d’euros, l’État n’a réservé que 500 millions d’euros au volet régionalisé, soit moins de 1 %. Les acteurs locaux, qui connaissent leur territoire et ses priorités en matière d’emploi et de souveraineté, se voient ainsi confier une compétence sans les moyens d’agir au plus près du terrain.
La tribune y voit le symptôme d’une décentralisation inachevée, dans laquelle l’État reste « au milieu du gué ». Elle compare la situation à celle d’un marin chargé de planifier une longue traversée, qui ne prendrait connaissance de la destination qu’au moment de larguer les amarres.
Une défiance d’ordre politique
Certains évoquent les craintes liées aux débordements budgétaires. L’auteur répond que l’argument ne tient pas, les collectivités étant tenues par la loi à l’équilibre de leur budget, alors que l’État, dont la dette atteint 3500 milliards, leur demande budget après budget un effort exponentiel.
Selon la tribune, cette défiance est avant tout politique. Depuis 2015, les régions seraient devenues des tremplins pour des élus aux ambitions nationales, et donner des moyens à un territoire reviendrait à renforcer un adversaire politique.
Le coût de la prudence
D’après l’auteur, cette prudence a un coût. Chaque décision économique prise sans associer directement les acteurs locaux affaiblit, selon lui, la cohérence politique, la souveraineté industrielle et la confiance des entreprises et des citoyens. Il cite le cas d’une PMI située dans une région, reprise par des capitaux qualifiés d’« hostiles », qui pourraient récupérer des informations sensibles sur ses clients, ses fournisseurs et son écosystème. Il ne serait pas garanti que cette opération n’ait pas, à terme, de lourdes conséquences économiques, alors que la plupart des moyens permettant de l’éviter dépendent d’éclairages nationaux.
Pour sortir de cette situation, la tribune propose d’abord une confiance réelle et mutuelle, fondée sur la conviction que l’économie est un outil de progrès au service de l’intérêt général. Elle suggère ensuite une clarification des rôles : aux territoires reviendraient la détection des projets, leur accompagnement et l’arbitrage local, notamment par des agences de développement économique. Ces agences joueraient aussi un rôle sur l’acceptabilité des projets, en particulier pour les lignes très haute tension, les usines chimiques, les éoliennes ou les data centers.
L’échelon national garderait le régalien et les grandes filières. Dans ce schéma, l’État associerait les régions aux grandes décisions d’attractivité et territorialiserait les plans d’investissement, afin de donner aux préfets et aux présidents de région une capacité effective d’arbitrage. L’auteur appelle enfin à associer le citoyen, le décideur économique et l’élu local aux décisions économiques majeures.






