Le drama avec Pékin peut-il avoir un impact économique sur la France ?
En qualifiant, sans le nommer, Mao Zedong de dictateur, le capitaine de l’équipe de France de football, Kylian Mbappé, s’est attiré les foudres de la Chine, qui a demandé des excuses. Plusieurs marques chinoises ont déjà rompu leur collaboration avec le joueur, et l’équipementier On a vu son action chuter. Les conséquences économiques pour la France paraissent, selon des experts, limitées.

Les premières sanctions financières sont venues de Chine. Les marques Dongpeng (boissons) et Mengniu (produits laitiers) ont cessé leur collaboration avec l’attaquant. L’équipementier On, dont Mbappé est à la fois actionnaire et ambassadeur, a vu son action reculer de près de 4 % à Wall Street, par crainte d’un boycott chinois. Plus lourde encore, la décision de la Chine de suspendre la diffusion du championnat espagnol, où joue Mbappé, « jusqu’à nouvel ordre ».
Et la France ?
Selon Jean-Baptiste Guégan, enseignant à Sciences Po Paris et expert en géopolitique du sport, Pékin ne devrait pas prendre de mesures coercitives contre la France, sauf reprise de la polémique à grande échelle par l’un des deux États, ce qu’il juge très peu probable. « La relation entre les deux pays n’est pas extraordinaire, mais pas conflictuelle non plus. Je ne vois pas pourquoi ça aurait lieu. »
Un boycott venant de la population paraît en revanche plus probable. « On pourrait imaginer que toute marque associée à Mbappé, dont de nombreuses marques françaises, soit boycottée », estime l’expert. Les marques de luxe françaises, très populaires en Chine et qui y réalisent une grande partie de leurs bénéfices, pourraient être particulièrement touchées. Le secteur, l’un des piliers des exportations françaises, fait déjà face à un désintérêt grandissant de l’Asie.
Un impact limité pour le sport français
Il est difficile de savoir ce que pense réellement la population chinoise de cette affaire. La chercheuse Valérie Niquet, spécialiste de la Chine, rappelle qu’il faut « se méfier de ce qu’on lit de la part des internautes chinois. Le Parti communiste ne laisse publier que ce qu’il autorise ». Pour elle, « il est possible que la population s’en fiche pas mal ».
Pour le sport français, Jean-Baptiste Guégan n’anticipe pas de conséquences majeures. La Fédération française de football n’a pas de partenariat avec la Chine, un marché qui n’est pas le plus intéressant pour elle. Quant à la Ligue 1, elle « n’intéresse personne et s’exporte mal », et la perte potentielle du marché chinois ne se chiffrerait qu’à « quelques centaines de milliers d’euros, voire quelques millions dans le pire des cas ». Si le championnat cherche à mieux s’exporter, il misera, selon l’expert, sur le PSG plutôt que sur Mbappé, qui ne joue plus dans le championnat depuis 2024.
Valérie Niquet souligne par ailleurs que la dépendance est réciproque : la Chine est « son plus gros partenaire commercial », pour l’Europe. « Une attitude trop violente contre la France pourrait être contre-productive, car elle renforcerait la défiance envers Pékin et ses accords commerciaux. »
Les parties semblent aujourd’hui chercher l’apaisement. La Liga, Kylian Mbappé et le Real Madrid ont présenté des excuses en moins de 24 heures, un geste bien accueilli par la Chine, qui l’a salué publiquement. « Tout le monde a intérêt à ce que la polémique s’arrête », résume Jean-Baptiste Guégan, qui met en garde : « Sur Internet, tout est hautement inflammable, mais tout s’oublie vite. »





