Gaz européen : il franchit les 100 euros le mégawattheure pour la première fois depuis quatre ans
Le prix du gaz européen a progressé de plus de 250 % depuis le début de l’année, sous l’effet des perturbations de l’approvisionnement au Moyen-Orient et des inquiétudes liées à l’arrivée de l’hiver. Le contrat à terme du TTF néerlandais, référence du marché européen, a franchi les 100 euros le mégawattheure pour la première fois depuis quatre ans.

Vers 16 heures, il progressait de 4,38 % à 100,45 euros, un niveau qui reste toutefois inférieur au record de 345 euros atteint en mars 2022, après l’invasion russe de l’Ukraine. La hausse intervient dans un contexte particulièrement sensible. Les marchés redoutent une nouvelle campagne de frappes américaines contre l’Iran après les midterms du 3 novembre. Selon le Wall Street Journal, qui cite des « personnes informées de ces conversations », Washington aurait demandé à plusieurs pays du Golfe de se préparer à une opération militaire courte et intense. D’éventuelles représailles iraniennes contre les infrastructures énergétiques régionales pourraient aggraver les difficultés d’approvisionnement.
Des réserves européennes au plus bas
Contrairement aux exportations de pétrole, qui se redressent depuis plusieurs semaines, les livraisons de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance du Golfe restent limitées. Selon Norman Liebke, analyste chez Commerzbank, le Qatar, principal producteur régional, n’exporte actuellement que 20 à 30 % de ses capacités. Cette réduction de l’offre accentue la concurrence entre les importateurs européens et asiatiques pour obtenir les cargaisons disponibles hors contrats.
La situation est d’autant plus tendue que les réserves européennes sont inférieures à celles de l’an dernier. Les stocks de gaz de l’Union européenne étaient remplis à 74,93 %, contre 82,91 % à la même date en 2025, selon la plateforme AGSI. En Allemagne, premier consommateur européen de gaz, ce taux n’atteignait que 61,65 %. L’arrivée de températures plus basses pourrait encore accroître les besoins énergétiques.
La crainte d’une arrivée précoce du froid
Arne Lohmann Rasmussen, de Global Risk Management, souligne qu’« une production éolienne très faible est attendue dans le nord-ouest de l’Europe au cours des deux prochaines semaines ». L’analyste précise aussi que « les températures devraient passer sous les normales saisonnières durant la première semaine de novembre ». Ces conditions pourraient augmenter le recours au gaz pour produire de l’électricité et maintenir la pression sur les cours.
Un apaisement des tensions au Moyen-Orient pourrait néanmoins faire redescendre les prix à « environ 50 euros le mégawattheure », estime Norman Liebke. Un retour aux niveaux d’avant-guerre paraît cependant difficile à court terme. Selon l’analyste, « l’offre en provenance du Qatar devrait rester contrainte jusqu’en 2028 en raison de la perte à moyen terme de 17 % de ses capacités », conséquence des dommages subis par les infrastructures énergétiques du pays.





