Gazole : le gouvernement espère faire baisser les prix dès le 1er novembre avec 10 millions de barils de stocks stratégiques
Le gouvernement promet des baisses de prix à la pompe dès le 1er novembre, grâce à la libération de barils issus des réserves stratégiques. Ces stocks, cédés à un prix nettement inférieur à celui du marché, doivent générer une économie de 12 à 18 centimes par litre pour le consommateur final. Reste à savoir si cet effet sera réellement perceptible dès le week-end de la Toussaint, comme l’exécutif l’a annoncé.

La libération de 10 millions de barils de pétrole, annoncée par Sébastien Lecornu début octobre, doit se traduire par une baisse des prix à la pompe de 12 à 18 centimes par litre. À Bercy, on assure avoir « fait tout pour » que l’opération produise rapidement ses effets sur les prix en stations, la situation étant inédite : « c’est la première fois qu’une libération de stocks a lieu pour obtenir un effet prix ».
Un mécanisme fixé par décret
Selon le décret, la Sagess, société chargée de gérer les réserves stratégiques, a reçu jeudi une injonction du ministre de l’Énergie de vendre ces 10 millions de barils sur trois mois aux « metteurs à la consommation », c’est-à-dire les raffineurs et les distributeurs. Ces stocks, achetés avant la guerre au Moyen-Orient, seront cédés au prix d’acquisition initial, soit 28 centimes par litre, près de quatre fois moins cher que le prix du marché actuel, autour de 1,10 euro. Chaque acquéreur pourra bénéficier d’un volume proportionnel à sa part de marché en 2025.
Dans le même temps, l’obligation de réserves pétrolières, habituellement fixée à 29,5 % des volumes mis en consommation l’année précédente, sera abaissée à 27 %. L’objectif est de ne pas contraindre les opérateurs à reconstituer immédiatement leurs réserves à des prix exorbitants. Bercy résume le dispositif ainsi : « Chaque acteur a donc accès à un volume de carburant à prix réduit qui se substitue à une partie de ses achats qu’il fait d’habitude sur le marché. »
Une répercussion obligatoire jusqu’à la pompe
Les acteurs sont tenus, par décret, de répercuter cet avantage économique, dont le montant doit être clairement mentionné dans leurs contrats de vente. Ce principe s’applique tout au long de la chaîne, jusqu’au distributeur qui fournit le consommateur final. Ce dernier doit voir le gain, par rapport à une « situation sans libération de stocks stratégiques », affiché clairement en station, par exemple au moyen d’affichettes.
La mesure est cumulable avec l’aide « gros rouleurs » pour les personnes éligibles. Le gouvernement estime ainsi l’aide globale possible à « près de 60 centimes (par litre) », tout en soulignant un impact « très mesuré sur les finances publiques ». Elle concerne aussi le gazole non routier (GNR), utilisé par les agriculteurs, les pêcheurs ou le BTP, mais pas l’essence.
Les metteurs à la consommation doivent par ailleurs répercuter l’avantage « de manière non discriminatoire sur tout le territoire ». Des contrôles seront réalisés et des sanctions prononcées si certains acteurs prenaient une marge au passage, prévient le gouvernement. Des bilans seront envoyés chaque semaine aux ministères de l’Économie et de l’Énergie.
Des stations invitées à appliquer la baisse « par anticipation »
Acheminer ces stocks implique une logistique qui peut prendre du temps. Le décret prévoit donc que la répercussion sur les prix à la pompe pourra intervenir « par anticipation » dès le 1er novembre. Les stations n’ont pas besoin de recevoir les barils physiquement dans leurs cuves : elles connaîtront, dès la signature du contrat d’approvisionnement, les volumes qui leur seront adressés et l’avantage économique correspondant. Au ministère de l’Économie, on estime que, dans un univers très concurrentiel, « les stations n’ont pas intérêt à être les dernières à afficher une baisse ».
Certaines petites stations isolées, dont les cuves sont remplies beaucoup moins fréquemment que celles des centres-villes et des autoroutes, pourraient toutefois avoir des difficultés. Pour elles, l’État a annoncé la semaine dernière un « prêt boost » destiné à renforcer leur trésorerie. D’un montant maximum de 5.000 euros, ce prêt à taux zéro est assorti d’intérêts pris en charge par l’État, afin de leur permettre d’appliquer la baisse dès le 1er novembre.





