L’IA redessine nos sociétés, de la santé à la finance
L’intelligence artificielle transforme les sociétés à une vitesse inédite. Face aux États-Unis et à la Chine dans la course mondiale à l’IA générative, l’Europe peut-elle tracer une voie plus responsable ? Gilles Babinet, entrepreneur et président de la Mission CaféIA, et Pascale Seivy, directrice commerciale chez Lombard Odier France, appellent à une stratégie européenne ambitieuse fondée sur la régulation, la frugalité énergétique et les usages ciblés de l’IA. Ce contenu a été conçu et proposé par 14H, en collaboration avec Lombard Odier, sans participation de la rédaction du Figaro.

Pour Pascale Seivy, la révolution en cours est « un cataclysme, mais un cataclysme positif, à condition de poser les bons garde-fous ». Elle juge essentiel de faire en sorte que cette intelligence artificielle soit « non seulement performante, mais aussi souveraine et éthique ». Gilles Babinet souligne pour sa part que nous passons désormais davantage de temps à interagir avec des machines qu’avec nos semblables, ce que certains chercheurs qualifient de « troisième révolution anthropologique ».
Une régulation présentée comme un levier
Gilles Babinet estime que la régulation européenne est souvent accusée de freiner l’innovation, alors que des travaux d’économistes, au premier rang desquels Michael Porter, montrent qu’elle peut accélérer les effets bénéfiques de l’innovation. Il juge « une erreur stratégique » le choix des États-Unis de ne pas encadrer ces technologies, tout en reconnaissant que la réglementation européenne peut parfois sembler inutilement bureaucratique. Il cite Mistral, LightOn et Kyutai en France, Aleph Alpha en Allemagne ou encore iGenius en Italie comme illustrations de la vitalité de l’écosystème européen.
Pascale Seivy considère quant à elle que la réglementation « n’est pas un luxe, c’est une nécessité stratégique ». Elle cite des textes ambitieux, comme l’AI Act, et des usages responsables, l’objectif étant « d’encadrer pour orienter » plutôt que pour entraver.
Énergie : des modèles plus sobres et des usages ciblés
Sur la question énergétique, Pascale Seivy affirme que l’IA peut être compatible avec la transition écologique, notamment grâce à une IA dite frugale. Elle évoque le refroidissement liquide dans les data centers, qui peut réduire leur consommation électrique de 20 à 40 % selon l’Agence internationale de l’énergie, ainsi que des algorithmes permettant jusqu’à 15 % d’économies d’énergie dans la gestion des bâtiments et réseaux électriques.
Gilles Babinet juge pour sa part que les investissements se concentrent sur des IA généralistes, comme GPT ou Gemini, très consommatrices d’énergie. Il leur préfère les IA verticales, conçues pour des domaines précis, comme la santé, la finance durable ou la cybersécurité, où il cite Owkin et BioNTech pour la recherche biomédicale.
Sur le plan européen, Pascale Seivy rappelle le Green Deal, dont la trajectoire prévoit une baisse de 55 % des émissions d’ici 2030, et la taxonomie verte. Gilles Babinet relève toutefois des freins structurels, comme le manque d’intégration des marchés financiers et la présence de 27 autorités de protection des données, correspondant aux 27 États membres.
Une technologie devenue invisible
Pour Gilles Babinet, l’IA deviendra une composante structurelle de l’économie, invisible mais omniprésente. Il avance que le concept de « secteur technologique » pourrait disparaître d’ici une génération, comparant ce basculement à l’arrivée de l’électricité. L’initiative InvestAI de la Commission européenne, annoncée en février 2025, vise à mobiliser 200 milliards d’euros pour les infrastructures, les modèles et les usages de l’IA en Europe.
Pascale Seivy estime que ce mouvement est déjà largement engagé, car il n’existe plus d’entreprise créée sans composante technologique. Selon elle, « la technologie et l’intelligence artificielle ne sont plus des domaines réservés aux ingénieurs, ils deviennent une langue commune ».





