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Artisanat de France / Industrie / L’industrie européenne doit avaler une  » potion amère « 

L’industrie européenne doit avaler une  » potion amère « 

  • La rédaction
  • 18 Oct 2026
  • Industrie

La future 2CV électrique de Stellantis serait fabriquée en Italie, sur le site de Pomigliano d’Arco, selon une indiscrétion d’un dirigeant du groupe recueillie lors d’un échange avec la presse. Cette piste écarte l’usine de Poissy, que le candidat à l’élection présidentielle Fabien Roussel, en visite sur le Mondial de l’automobile, avait réclamée.

  • La future 2CV électrique sera fabriquée en Italie avec des composants chinois.
  • Ce choix soulève des inquiétudes sur la perte d'emplois et d'identité françaises dans l'industrie automobile.
  • La tendance à utiliser des technologies chinoises pour réduire les coûts s'étend à plusieurs modèles électriques européens.
  • Des discussions sont en cours pour imposer davantage de composants européens, mais les coûts restent un obstacle majeur.

L’industrie européenne doit avaler une » potion amère «



Ce choix ne serait pas le fruit du hasard. Stellantis dispose sur place d’ingénieurs de son partenaire chinois Leapmotor, qui auraient contribué au développement de ce concept-car « proche de ce que sera le modèle de série », assure Xavier Chardon, le patron de la marque Citroën. Antonio Filosa, de son côté, a annoncé que la 2CV reposerait sur une plateforme e-car, qui doit regrouper trois modèles électriques abordables d’ici 2028. Cette base technique serait inspirée de celle de la Leapmotor T03, une petite citadine électrique du constructeur chinois affichant une capacité de 275 kilomètres.

La nouvelle a suscité des réactions immédiates. Dans un tract, le syndicat FO s’interroge : « Une plateforme chinoise. Une usine italienne. Est-ce-que la France aura du travail ? Que reste-t-il de français à la 2CV ? Le nom et le logo. » Le syndicat réclame la mobilisation de salariés français sur ce projet. Rappelons que la 2CV a été produite dans l’Hexagone jusqu’en 1988, puis au Portugal jusqu’en 1990. Le prix visé, 15 000 euros, explique selon l’article le recours à une technologie chinoise, dans un contexte de fossé de compétitivité creusé entre l’industrie automobile chinoise et européenne.

Une tendance qui touche d’autres modèles

Le cas de la 2CV n’est pas isolé. Lors du Mondial de l’Auto à Paris, Smart, désormais détenue par Mercedes et le chinois Geely, a annoncé le retour de la petite citadine compacte avec un modèle entièrement électrique, la #2, dont l’autonomie est de 290 kilomètres. Auparavant produite en Moselle, la nouvelle Smart sera fabriquée en Chine dans l’immédiat, assume la direction française de la marque. Malgré les droits de douane de l’Union européenne sur les véhicules électriques chinois, l’écart de coûts reste important entre les deux zones.

Pour les équipementiers, la pression s’intensifie. Selon une enquête menée en septembre auprès de ses adhérents, la fédération FIEV observe une accélération des déréférencements au profit d’acteurs chinois. Son président, Jean-Louis Pech, décrit des demandes « appuyées » des constructeurs : « Le marché européen nécessite une baisse de prix et donc les directions achats ne regardent que le prix en priorité. » Le dirigeant de l’ETI toulousaine Actia constate, de son côté, que « sur certains appels d’offres, les équipementiers chinois offrent les coûts de développement ».

Des normes et des coûts

Les constructeurs estiment à 30 à 40 % les écarts de coûts entre la Chine et l’Europe. La Twingo électrique de Renault illustre ce modèle : son développement a été réalisé en Chine et elle est assemblée en Slovénie, avec de nombreux composants d’origine chinoise. L’économiste Bernard Jullien, directeur du cabinet FERIA, estime que « nous sommes en train de rater le virage de l’électrification sur le plan industriel ».

Plusieurs pistes sont en discussion. Un amendement d’eurodéputés à l’Industrial Accelerator Act propose que ces petites voitures électriques abordables comptent 70 % de composants européens, ou disposent d’une batterie fabriquée en Europe. De son côté, la Commission européenne suggère de créer une nouvelle catégorie administrative pour les véhicules électriques abordables de moins de 4,20 mètres, assortie d’un gel réglementaire sur plusieurs années, en échange d’une production majoritairement européenne. Ces discussions se poursuivent entre les États membres et Bruxelles. Selon François Provost, patron de Renault, près de 150 nouvelles normes sont attendues dans l’industrie automobile européenne d’ici 2030, et elles pourraient faire grimper les prix des véhicules de 3 000 euros.


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