Nucléaire : le gendarme du secteur n’identifie pas d’obstacle au prolongement des centrales françaises
L’Agence de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) « n’a pas identifié d’obstacle » à la prolongation de la durée de vie des réacteurs nucléaires français au-delà de 60 ans, a affirmé jeudi son président, Pierre-Marie Abadie. Le régulateur juge néanmoins que « plusieurs sujets techniques nécessitent encore des travaux conséquents », notamment l’usure de pièces non remplaçables.

Le projet d’avis de l’ASNR était très attendu par EDF. Selon le président de l’autorité, le régulateur n’a pas relevé, « en l’état des connaissances », d’obstacles à la poursuite du fonctionnement des réacteurs au-delà de 60 ans pour lesquels EDF n’aurait pas de « leviers d’action », c’est-à-dire de solutions pour prolonger leur durée de vie. Il précise que ces leviers doivent encore être confirmés par des travaux de l’électricien, avant d’être intégrés à la démonstration de sûreté soumise au réexamen des réacteurs ayant atteint 60 ans. Il ajoute que cette position est « prise en fonction de l’état actuel des connaissances ».
Le projet d’avis doit être présenté devant l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST). Il est soumis à la consultation du public du 22 octobre au 2 décembre, avant que l’ASNR rende son avis définitif. Les 56 réacteurs mis en service dans les années 1980 l’ont été sur une période d’une quinzaine d’années, ce qui pourrait conduire à leur arrêt définitif dans un laps de temps relativement court en l’absence de prolongation. La plupart ont aujourd’hui entre 35 et 50 ans, le plus « jeune » étant l’EPR de Flamanville, lancé en décembre 2024.
Pierre-Marie Abadie présente cette démarche comme une anticipation : « Regarder dès maintenant ce qui se passera à l’horizon des 60 ans des réacteurs ». Il souligne qu’il s’agit aussi d’un enjeu de sûreté systémique, afin que les pouvoirs publics ne soient pas amenés à « arbitrer entre la sûreté et la sécurité d’approvisionnement ». Il insiste toutefois sur le fait que ce n’est « pas une autorisation de prolongation anticipée » et qu’il ne s’agit pas d’un « réexamen anticipé des 60 ans », qui interviendra vers 2030-2040.
Cuve, puits de cuve et coudes du circuit primaire
Les réacteurs sont actuellement autorisés sans limitation de durée. EDF doit réaliser tous les dix ans un examen approfondi, dont l’ASNR observe les conclusions et à l’issue duquel elle peut encadrer la poursuite du fonctionnement. Dans ce cadre, le régulateur a examiné les éléments susceptibles de constituer des obstacles rédhibitoires au-delà de 60 ans, en particulier le vieillissement d’équipements ou de structures essentielles pour la sûreté, difficilement ou non remplaçables, comme la cuve du réacteur, le puits de cuve ou certains coudes du circuit primaire.
Parmi ces éléments figurent les « coudes E », de grandes pièces métalliques d’environ 80 centimètres de diamètre, identifiées comme « des points de vigilance » par la branche lyonnaise de l’ASNR, selon La Tribune. L’un d’eux se trouve dans la centrale du Tricastin, dans la Drôme. Le régulateur a demandé à EDF, par anticipation, « d’étudier leur remplacement ou leur justification ».
En Ardèche, un séisme de magnitude 5,4 survenu en 2019 sur une faille jusqu’alors considérée comme inactive, à 15 kilomètres de la centrale de Cruas-Meysse, a nécessité, selon l’ASNR de Lyon, « des investigations plus poussées » l’an dernier sur la recherche de failles de surface. D’après Le Dauphiné Libéré, ces éléments « écartent toute réévaluation de l’aléa sismique pris en compte pour la centrale du Tricastin ». Ils compteront toutefois dans les évaluations à venir.
Modulation et changement climatique
Le président de l’ASNR évoque également la « modulation permanente » du parc. Les réacteurs français sont habitués à varier leur niveau de production, mais ce phénomène s’accroît avec l’arrivée des énergies renouvelables, dont la production est largement intermittente.
Enfin, le changement climatique constitue, selon Pierre-Marie Abadie, « peut-être le sujet sur lequel il y a plus d’incertitude à long terme », car la connaissance scientifique évolue. Il rappelle que c’est aussi un sujet sur lequel EDF dispose de leviers d’action, comme le changement d’équipements ou le renforcement des retenues d’eau en amont des centrales. Il faudra également identifier, à l’horizon 2035, les enjeux d’amélioration de la sûreté. Ces éléments alimenteront un examen générique, commun à tous les réacteurs, et un examen site par site, car « chaque réacteur a ses propres spécificités, ses propres conditions locales ».





