Palantir : son message très direct aux États qui veulent se passer de ses technologies militaires
Selon Louis Mosley, responsable de Palantir pour l’Europe et le Royaume-Uni, le continent devra accepter « une certaine dépendance » vis-à-vis des États-Unis, a minima à court terme. Dans une interview à Bloomberg, jeudi 22 octobre, il estime que l’Europe ne pourra pas s’affranchir immédiatement de la technologie américaine pour sa défense.
- Palantir affirme que l'Europe doit accepter une dépendance aux États-Unis à court terme.
- Le logiciel Maven, utilisé par l'OTAN et les États-Unis, est central pour la défense européenne.
- Les Européens s'interrogent sur leur souveraineté face à cette dépendance technologique américaine.
- Des initiatives européennes comme Arcadia et Hexaforce sont en développement pour réduire cette dépendance.

D’abord start-up soutenue par la CIA, Palantir est devenue en vingt ans l’un des acteurs technologiques les plus puissants de l’ère Trump. Le groupe équipe de nombreux services de renseignement et de police aux États-Unis et en Europe. Son projet Maven, un système de ciblage boosté à l’intelligence artificielle, équipe l’armée américaine et a été massivement utilisé lors des frappes menées par les États-Unis contre l’Iran.
Le logiciel Maven a également été choisi par l’Otan en 2025 pour fusionner les données de renseignement provenant de différents capteurs, préparer les opérations et accélérer le ciblage. Pour Louis Mosley, Maven est « un puissant levier pour de nombreux projets de défense et technologies européens qui, sans être connectés à Maven, perdent de leur valeur pour l’Europe ».
Une question de souveraineté
Pour les Européens, confier à une entreprise américaine l’exploitation de leurs données militaires les plus sensibles pose une question de souveraineté. Même lorsque les données restent sous le contrôle des armées, celles-ci dépendent d’un fournisseur étranger pour les analyser et les transformer en informations utiles au commandement. Cette dépendance peut aussi devenir stratégique en cas de changement de politique à Washington, les logiciels américains restant soumis aux règles américaines d’exportation.
Cette perspective ne semble pas inquiéter Palantir. « Plus on se dirige vers l’est, plus les clients sont engagés et déterminés à rendre opérationnelles leurs capacités liées à Palantir », analyse Louis Mosley. Il poursuit : « Si vous discutiez avec les Ukrainiens, vous comprendriez qu’il leur faut des outils qui fonctionnent. C’est une nécessité absolue, car sans cela, c’est la mort assurée. Dans ce contexte, les questions de souveraineté deviennent secondaires. »
Arcadia et Hexaforce, des alternatives en développement
En juin, la France a annoncé que le groupe français ChapsVision a été choisi pour succéder à Palantir au sein de la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure), équipée depuis 10 ans par l’entreprise américaine. L’Allemagne a aussi fait ce choix.
La France cherche par ailleurs à développer ses propres outils. Lancée en 2025, Arcadia est un écosystème numérique destiné à commander des opérations militaires, qui doit entrer en service. De son côté, le groupe français Thales a présenté en septembre Hexaforce, un logiciel de commandement dopé à l’intelligence artificielle, présenté comme « une alternative européenne à Palantir ».





