Gaz : la crise d’Ormuz révèle la nouvelle dépendance de l’Europe au gaz américain
Selon les économistes Carl Grekou, Valérie Mignon et Lionel Ragot, en réduisant sa dépendance au gaz russe, l’Europe s’est exposée à une autre vulnérabilité, liée cette fois au GNL américain. Dans un article publié par l’Institut Français d’Economie, ils analysent ce changement de système, mis à l’épreuve par la crise du détroit d’Ormuz au printemps 2026.

Pour les auteurs, le risque n’est plus seulement celui d’un robinet fermé, mais celui de prix qui s’envolent. Depuis la guerre en Ukraine, la part des livraisons de gaz russe a reculé de 90 %, tandis que celle du GNL a augmenté d’environ 20 %. L’Europe a donc remplacé une dépendance par une autre.
La crise du détroit d’Ormuz a constitué, selon l’article, un premier test grandeur nature. L’exposition physique de l’Europe aux volumes transitant par ce détroit était faible, de l’ordre d’un dixième des volumes concernés. Pourtant, les prix ont immédiatement augmenté sous l’effet de la concurrence mondiale. Cette réaction a mis en lumière les failles du système hérité de 2022.
Basculement du centre de gravité
Le suivi des flux physiques montre que le centre de gravité de la distribution du gaz s’est déplacé de l’Est de l’Europe vers trois façades maritimes, à l’Atlantique et à la Méditerranée. La redondance qu’offraient les multiples gazoducs a disparu au profit d’une voie maritime unique, ce qui constitue, selon les auteurs, un point de vulnérabilité en soi.
La contrainte principale se situe toutefois ailleurs, sur la disponibilité des cargaisons et sur leur prix au niveau mondial. Les exportations américaines sont pilotées par des acteurs privés, qui arbitrent cargaison par cargaison et vont vers les plus offrants. Le texte souligne que « tant que nous n’augmenterons pas les contrats d’approvisionnement de long terme, nous resterons particulièrement exposés aux fluctuations des prix du marché spot », c’est-à-dire le marché de court terme avec livraison immédiate. Sur ce marché, l’Europe se retrouve en concurrence avec la demande asiatique.





