Philippe Chalmin estime que » l’État français ne pouvait pas laisser filer une telle pépite «
Philippe Chalmin juge que l’entrée de l’État français au capital d’Eramet était une décision logique. Interrogé par La Tribune, il estime que le groupe est pratiquement le seul acteur minier français et européen, et qu’il constitue un instrument de souveraineté française. Selon lui, « il ne fallait pas laisser filer Eramet ».

Un acteur sans équivalent en Europe
Selon Philippe Chalmin, Orano est certes actif dans le secteur, mais il est totalement concentré sur l’uranium, un métier différent. Dans un univers dominé par les quatre grands que sont BHP, Rio Tinto, Glencore et Vale, aux côtés de quelques acteurs de taille intermédiaire et des groupes chinois, Eramet reste pratiquement le seul acteur minier non seulement français, mais aussi européen.
À sa connaissance, il n’existe pas de grand groupe minier allemand ou italien. Il ne voit plus d’acteur britannique, BHP et Rio Tinto étant plutôt australiens, tandis que Glencore a son siège officiel en Suisse et que Vale est brésilien. « Eramet est donc, quelque part, un instrument, à mon avis fondamental d’une certaine souveraineté française », affirme-t-il.
Il rappelle la disparition de Pechiney, absorbé par Alcan en 2003, qui « a disparu corps et biens ». « Il ne fallait pas laisser filer Eramet, c’est pour moi une évidence », ajoute-t-il.
Un parcours marqué par des réorientations
L’État a hérité de cette participation, initialement portée par Areva. À l’époque, Eramet était valorisé essentiellement pour son activité dans le nickel, dont l’enjeu incluait notamment le nickel en Nouvelle-Calédonie. C’est le Fonds stratégique d’investissement (FSI) qui a récupéré la participation d’Areva dans Eramet.
Le groupe a ensuite fusionné avec Aubert & Duval, une opération qui n’a pas été, selon Philippe Chalmin, « une immense réussite ». Eramet s’est ensuite recentré, en développant du nickel en Indonésie et aux Philippines, du manganèse au Gabon, pays dont l’État veut reprendre le contrôle, et en investissant beaucoup dans le lithium en Argentine.
Cet investissement a été à l’origine des difficultés du groupe, mais la stratégie n’était pas absurde, dans la mesure où BHP notamment a également beaucoup investi dans le lithium. Le marché traverse aujourd’hui une période basse, avec une surproduction, même si, à long terme, cet investissement peut avoir du sens.
Dans ces conditions, l’État français ne pouvait sans doute pas faire autrement. « Il n’était pas question de laisser filer cette pépite qui revient dans le giron de l’intérêt public français », conclut Philippe Chalmin.





