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Forges de Tarbes : l’entreprise demande son placement en redressement judiciaire, les salariés réclament  » l’intervention de l’État « 

  • La rédaction
  • 23 Oct 2026
  • Industrie, Juridique

Les Forges de Tarbes, unique usine française encore capable de produire des fûts d’obus de 155 mm, ont sollicité l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire, a annoncé le groupe Europlasma, leur propriétaire. Salariés, responsables politiques et syndicaux expriment une vive inquiétude pour l’avenir du site.

  • Forges de Tarbes demande un redressement judiciaire.
  • Les salariés réclament l'intervention de l'État face à la crise.
  • L'usine produit encore des fûts d'obus pour la défense, mais sa situation financière est critique.
  • Les élus et syndicats alertent sur le risque de fermeture et demandent des mesures urgentes.

Forges de Tarbes : l’entreprise demande son placement en redressement judiciaire, les salariés réclament » l’intervention de l’État «



Situé à Tarbes, dans les Hautes-Pyrénées, ce site industriel est l’un des derniers vestiges de l’ancien arsenal de la ville. Il emploie actuellement une soixantaine de salariés, qui produisent des fûts d’obus notamment utilisés par les dizaines de canons Caesar fournis par la France à l’Ukraine.

En 2023, Europlasma promettait une modernisation de cette usine vieillissante, afin d’augmenter les cadences et d’atteindre 15.000 fûts d’obus produits par mois en 2025. La députée des Hautes-Pyrénées Sylvie Ferrer (LFI) juge la situation très préoccupante. « On est dans une dégringolade qui est très, très inquiétante », a-t-elle résumé auprès de l’AFP. Elle affirme que l’usine devrait achever, vers la fin novembre, la production de 30.000 corps d’obus prévus pour 2026, « et ensuite c’est l’inconnu ».

Inquiétude des salariés

Dans une lettre ouverte rendue publique début octobre, les salariés ont exprimé leur désarroi. « Nous avons le sentiment de ne pas être soutenus, ni entendus », écrivaient-ils, en demandant « solennellement l’intervention de l’État ». Ils indiquaient n’avoir jamais vu venir les investissements promis et déploraient l’absence de communication de la direction.

Le sort de deux autres sites du groupe, Fonderie de Bretagne, en liquidation judiciaire, et le métallurgiste nordiste Valdunes, en quête d’un repreneur, accentue ce malaise. Le syndicaliste CGT José Navarro alerte sur une « situation » où l’usine est « en état virtuel de cessation de paiement ». Il s’exprime au nom des représentants actuels de son syndicat, qui se montrent réticents à prendre la parole après les poursuites engagées par la direction contre deux de leurs prédécesseurs. Selon lui, « les salariés sont particulièrement amers » et déplorent l’absence d’écoute du gouvernement, alors que « ça fait des semaines et des mois que la situation est pourrie ».

Jeudi soir, la direction d’Europlasma a confirmé dans un communiqué avoir sollicité « auprès du tribunal de commerce de Tarbes l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire », après consultation du comité social et économique réuni en réunion extraordinaire. Interrogés par l’AFP, les ministères de l’Industrie et des Armées n’ont pas donné suite. La Direction générale de l’Armement (DGA), qui s’était rendue sur le site mi-octobre, a de son côté indiqué avoir saisi la procureure de la République de Tarbes pour « lui signaler des décisions de gestion récentes de l’entreprise qui semblent avoir précipité la dégradation rapide » de sa situation financière. Europlasma se dit « naturellement à la disposition des autorités compétentes ».

Des élus en première ligne

Initialement spécialisé dans la dépollution, le groupe a largement creusé ses pertes en 2025, selon ses derniers résultats annuels publiés en juin. Il reconnaissait alors des « tensions de trésorerie », liées notamment au « caractère déficitaire de la majorité de ses activités ». En avril, Europlasma avait annoncé sa volonté de céder ses activités de défense et indiqué être en discussion avec « un industriel français ». Huit mois plus tard, aucune annonce n’a confirmé ces déclarations. Les dirigeants du groupe ont par ailleurs été auditionnés dans le cadre d’une enquête parlementaire sur la « prédation des capacités productives par les fonds spéculatifs ».

La présidente (PS) de la région Occitanie, Carole Delga, juge « pas acceptable » qu’une usine aussi stratégique « soumise à tant d’incertitudes » et appelle le gouvernement à agir. « Les investissements doivent être faits pour maintenir le site en bon fonctionnement », a-t-elle ajouté. La préfecture des Hautes-Pyrénées a pris un arrêté, le 9 octobre, demandant la mise en conformité de certains équipements de l’usine d’ici fin décembre, faute de quoi leur mise à l’arrêt sera ordonnée. D’autres élus vont plus loin en accusant Europlasma de « fraude », comme le député LFI Aurélien Saintoul, membre de la commission de la Défense de l’Assemblée. Compte tenu de l’urgence, le groupe LFI entend déposer un amendement demandant la nationalisation de l’entreprise.


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