Réseau ferré espagnol : son patron démissionne après 69 morts et une panne de sécurité ignorée
Le président du gestionnaire du réseau ferré espagnol (Adif), Luis Pedro Marco de la Peña, a remis sa démission, un jour après celle du ministre des Transports, Óscar Puente. Ce départ intervient après la catastrophe ferroviaire qui a coûté la vie à 69 personnes en Espagne.

Adif est directement mise en cause dans ce dossier. L’entité a autorisé des trains à grande vitesse à reprendre leur marche à vitesse normale alors que le système informatique de contrôle et de sécurité était en panne sur un tronçon. La démission a été adressée mercredi au premier vice-président et ministre de l’Économie, du Commerce et des Affaires, Carlos Cuerpo, qui a estimé que ce départ était une « sage décision ».
Si ce départ découle du scandale provoqué par la catastrophe, il s’inscrit aussi dans une période de fortes turbulences organisationnelles à la tête de l’administration publique, qui pourrait également expliquer les difficultés opérationnelles du gestionnaire. Le gouvernement espagnol veut procéder à une réorganisation immédiate de l’organisme afin de stabiliser le système de transport du pays.
Les difficultés de l’Adif sont anciennes et se sont accentuées avec l’ouverture du marché à la concurrence. Le trafic a fortement progressé avec l’arrivée d’Ouigo Espagne et d’Iryo, mais les effectifs n’ont pas suivi, d’autant que de nombreux agents sont partis à la retraite. Cette situation a alourdi la charge de travail des opérateurs, qui doivent gérer « près de trois fois plus de trains à contrôler par équipe qu’auparavant ». Ils supervisaient auparavant 15 trains, contre 40 désormais, selon des sources internes citées par la presse espagnole.
Mesures d’urgence
Plusieurs mesures d’urgence ont été annoncées. Un ordre de redémarrage après une panne devra désormais être confirmé par un second opérateur. L’obligation d’une « marche à vue » à 40 km/h maximum devient par ailleurs systématique, alors qu’elle aurait dû toujours s’appliquer. Enfin, l’État a promis des embauches et une amélioration des conditions de travail dans les centres de contrôle ferroviaire.
Le nombre de trains en service sur la ligne à grande vitesse entre Madrid et Séville sera également réduit, dans l’attente d’un audit du système de sécurité LZB.
Avant de se rendre au siège du ministère pour présenter sa démission, Luis Pedro Marco de la Peña a signé le cadre financier qui régira les relations de l’entreprise avec l’État entre 2026 et 2030. Ce document prévoit un budget consacré à l’entretien des voies, qui doit progressivement augmenter pour atteindre 1,8 milliard d’euros par an d’ici la fin de la décennie.
Le gouvernement a aussi promis d’accélérer le déploiement du système européen de gestion du trafic ferroviaire (ERTMS). Ce standard communautaire vise à harmoniser les règles et la signalisation des réseaux ferrés européens, et à contrôler en continu la vitesse des trains. Il remplacerait le système LZB, robuste mais très ancien, qui montre des signes de faiblesse. La plupart des gestionnaires européens accusent toutefois du retard sur leurs calendriers de déploiement.
Le gouvernement a enfin décidé d’intégrer un agent d’intelligence artificielle au système ferroviaire national. Son rôle est de « détecter des anomalies et de contrôler » les échanges entre les conducteurs de train et les contrôleurs, afin de réduire le risque d’erreur humaine.





