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Royaume-Uni : sans fonds souverain pour sa manne pétrolière, il le regrette face à la Norvège

  • La rédaction
  • 23 Oct 2026
  • Gestion

Le Royaume-Uni vient de se doter d’un fonds souverain pour l’énergie, baptisé Energy Wealth Fund, destiné à investir les revenus tirés des hydrocarbures dans la transition énergétique, alors que l’essentiel de ses réserves a déjà été exploité. La Norvège, elle, a placé ses revenus pétroliers et gaziers dans un fonds souverain qui vaut aujourd’hui 2.100 milliards d’euros.

  • Le Royaume-Uni crée un fonds souverain pour l'énergie, mais il intervient tardivement.
  • Il regrette de ne pas avoir constitué ce fonds dès la découverte du pétrole dans la mer du Nord.
  • Son déficit public et sa dette sont élevés, aggravant ses difficultés financières.
  • La Norvège a préféré investir ses revenus pétroliers à l’étranger et en tirer profit durablement.

Royaume-Uni : sans fonds souverain pour sa manne pétrolière, il le regrette face à la Norvège



Avec trente ans de retard sur Oslo, Londres reconnaît que ce type de placement aurait dû être décidé plus tôt. Le chancelier de l’Échiquier, John Healey, équivalent du ministre des Finances, a regretté mercredi que les recettes du pétrole et du gaz ne soient pas mises de côté. « Si nous avions fait cela lors de la découverte du pétrole en mer du Nord, nous aurions aujourd’hui un fonds souverain britannique qui vaudrait probablement 1.000 milliards de livres (1.190 milliards d’euros) », a-t-il déclaré, en se fondant sur des évaluations du Trésor britannique.

Un membre du Trésor, interrogé par la BCC, parle lui aussi d’une « occasion manquée ». Les regrets sont d’autant plus vifs que le pays peine à boucler son budget. Le déficit public s’élève à 4,4 % du PIB, et la dette publique vient de franchir la barre des 3.000 milliards de livres, soit 94 % du PIB.

Choix de court terme

Le lancement de ce fonds intervient alors que le gouvernement travailliste d’Andy Burnham a donné son feu vert à un nouveau projet gazier en mer du Nord, appelé Jackdaw. Ce dernier était jusqu’ici bloqué par des recours en justice. « À l’heure où les gens sont vraiment en difficulté, il est juste que nous envisagions de manière responsable de maximiser les réserves énergétiques existantes dont nous disposons au Royaume-Uni », a justifié Andy Burnham, arrivé au pouvoir en juillet.

Doté d’un investissement de départ de 2 milliards de livres sterling, le nouveau fonds est fléché vers la transition énergétique. Il permet au gouvernement d’afficher son attachement aux objectifs climatiques, alors que le parti vert britannique estime que le projet Jackdaw constitue un acte de « vandalisme climatique ».

Sur le plan financier, Londres ne pourra toutefois pas rattraper le temps perdu. Depuis le début de l’extraction des hydrocarbures dans les eaux britanniques en 1975, plus de 90 % des réserves de pétrole et de gaz ont été exploitées, selon des chiffres officiels. Jackdaw ne couvrira que 4 % de la demande du Royaume-Uni en gaz. Selon les prévisions du Bureau de la responsabilité budgétaire (OBR), un organe chargé d’éclairer le Parlement, les recettes fiscales tirées des énergies fossiles devraient tomber à 100 millions de livres en 2030, soit une chute de 98 % en cinq ans.

Oslo assis sur un trésor

Dans les années 1980, les recettes fiscales des énergies fossiles ont représenté jusqu’à 3 % du PIB britannique et 6 % des recettes de l’État. Le gouvernement de Margaret Thatcher a intégré ces revenus au budget général. À leur maximum, ils ont contribué à financer les réductions d’impôts massives du gouvernement conservateur et à amortir le choc de la désindustrialisation.

La Norvège a fait un autre choix. Créé en 1990 et alimenté pour la première fois en 1996, son fonds souverain investit exclusivement à l’étranger, dans un portefeuille composé principalement d’actions et d’obligations. Il détient aujourd’hui 1,5 % de la totalité des actions cotées en Bourse et a dégagé un rendement de 15 % l’an passé, soit 206 milliards d’euros. Oslo a également gardé la main sur sa rente pétrolière : après la découverte des gisements, le gouvernement a créé la compagnie d’État Statoil, devenue Equinor, toujours majoritairement détenue par l’État norvégien.

Au Royaume-Uni, les hydrocarbures ont été exploités par des entreprises privées, à commencer par British Petroleum, entièrement privatisée en 1987, et par Shell. En l’absence d’une compagnie publique comparable à Equinor, l’État britannique capte surtout des recettes fiscales, et non les bénéfices directs liés à une participation dans la production.


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