Centrales : prolonger leur durée de vie, un défi industriel qui passe aussi par la maintenance et les compétences
Le redémarrage, le 12 septembre, de l’unité n°1 de la centrale de Paluel met en lumière un chantier moins visible que la construction des EPR2 : faire durer le parc qui produit aujourd’hui. Premier réacteur français de 1 300 MW à franchir le cap de sa quatrième visite décennale, l’unité a mobilisé plus de 130 entreprises.

Cette opération a représenté quelque 30 000 activités, avec près de 4 000 personnes présentes au pic de l’activité. Prolonger la vie d’une centrale nucléaire est, en soi, un immense chantier industriel, qu’il serait risqué de considérer comme secondaire par rapport à la construction de nouveaux réacteurs.
Un chantier qui ne s’arrête pas
Passer le cap des quarante ans ne revient pas à remettre un compteur à zéro pour dix années supplémentaires. Au fil de l’exploitation, des équipements sont remplacés, des systèmes modernisés et des installations modifiées. Certains éléments, en revanche, restent en place pendant toute la vie de la centrale, comme la cuve du réacteur et l’enceinte de confinement en béton précontraint.
Pour ces ouvrages, la question n’est pas de remplacer mais de connaître, surveiller et anticiper. Les inspections, mesures et essais réalisés tout au long de la vie de la centrale doivent répondre à des interrogations concrètes : comment évolue le béton, une corrosion apparaît-elle, et les systèmes de confinement pourront-ils remplir leur fonction pendant les dix prochaines années ?
La visite décennale n’en constitue que la partie visible. À Paluel, plus de 60 % des travaux de modification avaient été engagés dix-huit mois avant la visite, et des équipes se sont mobilisées dès 2024 sur certaines opérations, notamment autour de la source froide et de la sectorisation incendie.
Faire durer le parc ne signifie pas conserver l’existant en l’état, mais intervenir en permanence pour démontrer qu’il peut continuer à fonctionner dans les conditions de sûreté requises. C’est l’objet du Grand Carénage, qui regroupe trois catégories d’activités : rénover ou remplacer les gros composants arrivant en fin de vie technique, réaliser les modifications nécessaires à l’amélioration de la sûreté, et assurer la pérennité de la qualification des matériels après 40 ans.
Mémoire industrielle et compétences
Cette maintenance change de visage avec les drones et les vols automatisés, qui ouvrent de nouvelles possibilités pour l’inspection. La digitalisation permet peu à peu de constituer un véritable carnet de santé des ouvrages, de suivre une fissure dans le temps et de comparer les données d’une campagne à l’autre ou entre différents sites.
Le nucléaire fait toutefois cohabiter le très récent et le très ancien. À quelques mètres d’un système de monitoring nouvelle génération, il faut parfois continuer à maîtriser une électronique analogique conçue au moment de la construction de la centrale. Certains rapports d’inspection réalisés il y a près de trente ans servent encore à comprendre l’évolution d’une structure.
Environ 100 000 emplois seront nécessaires au cours des dix prochaines années, et certains savoir-faire sont déjà en tension. Après des années d’incertitude sur l’avenir de la filière, la visibilité retrouvée sur les programmes à venir est essentielle, car on ne forme pas un soudeur ou un inspecteur en génie civil au moment où l’on en a besoin.
Concevoir dès l’origine pour maintenir
Les centrales existantes représentent aussi plusieurs décennies de retour d’expérience pour les réacteurs à venir. L’un des enseignements de ces années d’exploitation est qu’une centrale doit être conçue dès l’origine pour être inspectée et maintenue, ce qui n’est pas toujours évident.
L’accessibilité des zones de contrôle, la visibilité des structures, la conception des systèmes de surveillance et leur interface avec le génie civil doivent donc intégrer ce temps long. Une partie de la maintenance des futurs EPR2 se décide ainsi bien avant leur mise en service, afin d’éviter des contraintes qui auraient pu être anticipées dès la conception.
Paluel rappelle que la relance nucléaire ne commence pas avec le premier béton d’un EPR2, mais qu’elle est déjà à l’œuvre dans les centrales existantes. L’expérience acquise en relevant le premier défi doit permettre de mieux réussir le second.





