Plaidoirie : est-ce un art régi par des règles ou une simple affaire d’éloquence ?
Selon un article consacré à l’art de la plaidoirie, la préparation d’une plaidoirie obéit à un squelette strict, composé de l’exorde, de la narration, de la discussion et de la péroraison. L’auteur rappelle que la parole orale impose une construction rhétorique distincte de celle d’un texte destiné à être lu.

Pour justifier cette exigence de structure, le texte cite Maurice Garçon : « faire un plan, c’est clarifier pour soi-même sa pensée ». Il reprend aussi la formule attribuée à Cicéron, « si l’on naît poète, on devient orateur », pour souligner que l’apprentissage de la théorie précède la pratique.
Les trois preuves de la rhétorique
La rhétorique repose, selon l’article, sur les trois preuves distinguées par Aristote : l’ethos, le logos et le pathos. L’ethos renvoie à l’image de l’orateur. Michel Meyer le décrit comme « l’image de soi, le caractère, la personnalité ». Le logos désigne la démonstration et le raisonnement, tandis que le pathos s’adresse aux émotions de l’auditoire.
L’auteur cite Démosthène pour rappeler que « il n’y a de bon orateur que celui qui est un bon logicien ». Il rapporte également les propos de Robert Badinter, qui déclarait avoir « toujours rêvé de la plaidoirie d’un avocat qui saurait qu’il va être condamné, emprisonné, exécuté avec son client ». Le texte distingue par ailleurs trois genres de discours : le délibératif, le judiciaire et l’épidictique, chacun appelant un ton différent.
Une construction en quatre temps
L’exorde, premier contact avec le tribunal, ne compte généralement que deux ou trois lignes. La narration expose les faits de manière chronologique, sans digression, et doit rester vraisemblable. La discussion, qui associe la confirmation et la réfutation, prouve la thèse puis anticipe les arguments adverses. La péroraison conclut le propos et doit, selon l’article, laisser une impression durable.
En amont, l’analyse du dossier passe par neuf questions : quoi, pourquoi, quand, comment, où, qui, combien, pour quoi, et qualité de la pièce. L’auteur indique par ailleurs que la capacité d’attention sur un même sujet serait d’environ 25 minutes, selon Graham Gibbs.
La forme orale compte également. Selon une étude d’Albert Mehrabian citée par l’auteur, les mots pèsent pour 7 % de ce que l’on retient d’un orateur, la voix, les intonations et le rythme pour 38 %, et les expressions faciales, les regards et les gestes pour 55 %. Le débit est communément admis entre 120 et 160 mots par minute. Le texte cite enfin Pascal : « L’art de persuader consiste autant en celui d’agréer qu’en celui de convaincre ».
Pour l’auteur, la rhétorique ne peut toutefois produire d’effet persuasif sans une construction rigoureuse du raisonnement et une connaissance approfondie du droit.





