La transmission d’entreprise reste l’angle mort de notre politique économique
Près de 500 000 entreprises françaises devront trouver un repreneur d’ici 10 ans, selon la Direction générale des Entreprises (DGE). Pourtant, la transmission reste un sujet peu traité par l’économie française, alors que les dirigeants identifient d’abord la difficulté à trouver le bon repreneur, bien avant la question du prix.

Une étude menée avec la Fédération des Très Petites Entreprises (FTPE) auprès de 1 000 dirigeants de TPE apporte des éléments chiffrés sur ce sujet. Elle montre que la transmission d’entreprise en France échoue moins sur le terrain financier que sur celui de la confiance, de la continuité et de la préparation.
Un problème de rencontre plutôt que de prix
Interrogés sur le principal obstacle à une transmission, les dirigeants citent à 41 % la difficulté à trouver le bon repreneur. Viennent ensuite la fixation du prix (22 %) et l’acceptation même de passer la main (21 %). Selon ces données, le marché de la reprise souffre moins d’un problème de valorisation que d’un problème de mise en relation entre cédants et repreneurs potentiels.
Les formes de reprise restent par ailleurs mal connues. Une transmission peut être familiale, réalisée par un salarié ou une équipe dirigeante, faite par un entrepreneur extérieur ou progressive. Ce que redoutent surtout les chefs d’entreprise, c’est que leur affaire perde son identité ou disparaisse après leur départ, le risque de ne pas vendre au juste prix n’arrivant qu’en dernière position. Un dirigeant de TPE raisonne ainsi en termes d’héritage, de clientèle fidélisée sur 20 ans et de salariés dont il se sent responsable.
Un gisement sous-exploité, des secteurs de proximité en première ligne
Les bénéfices d’une reprise sont pourtant nombreux, selon les dirigeants eux-mêmes. Ils citent une clientèle déjà constituée (59 %), une réputation et un historique déjà installés (34 %) ou un réseau de partenaires et de fournisseurs opérationnel (31 %). Seuls 26 % d’entre eux jugent toutefois que le repreneuriat est suffisamment valorisé en France.
Le vieillissement des dirigeants est particulièrement marqué dans les activités traditionnelles et de proximité, comme le commerce, la construction, l’artisanat, la restauration, le tourisme ou certaines activités de santé. D’après une étude de Bpifrance Le Lab publiée en 2025,54 % des dirigeants du tourisme envisagent une transmission dans les 5 ans, contre 39 % dans le commerce et 32 % dans la construction. Lorsqu’une activité de proximité ne trouve pas de repreneur, c’est parfois un savoir-faire qui quitte le territoire.
L’étude souligne également que 70 % des dirigeants estiment que l’identité visuelle d’une entreprise conditionne sa capacité à être reprise. Les dirigeants interrogés placent en priorité l’information claire des clients sur le changement de direction, avant la modernisation de l’image et le renforcement de la présence digitale.
Un autre chiffre retient l’attention : 70 % des dirigeants déclarent mal connaître les dispositifs publics ou privés d’aide à la transmission-reprise. Près de la moitié jugent qu’un accompagnement administratif et juridique serait l’aide la plus déterminante pour réussir leur projet. Les dispositifs existent, rappelle la DGE, qui présente notamment la Mission Reprise et les différents dispositifs d’accompagnement.





