Défense : le gouvernement britannique veut porter les dépenses à 3 % du PIB, mais reste flou sur les coupes budgétaires
Le gouvernement britannique maintient son objectif de porter à 3% du PIB les dépenses de défense d’ici 2030, malgré un contexte économique difficile. Le ministre des Finances, John Healey, n’a pas précisé les coupes budgétaires nécessaires pour y parvenir.

En juin, John Healey avait claqué la porte du gouvernement. Il avait démissionné de son poste de ministre britannique de la Défense en raison de désaccords avec le Premier ministre de l’époque, Keir Starmer, sur le budget alloué aux armées. Depuis, Andy Burnham a pris la tête du gouvernement et confié les Finances à John Healey. Le nouvel exécutif a dévoilé son premier budget, dans lequel l’inflation, à 3,5% en septembre, et les coûts d’emprunt publics, qui ont atteint des niveaux inédits depuis des décennies, offrent une marge de manœuvre réduite.
Soucieux de rassurer les marchés, John Healey a affirmé que « la discipline budgétaire » constituait son « premier engagement ». Il a tout de même promis de porter à 3% du PIB les dépenses de défense en 2030, puis à 3,5% d’ici 2035, un niveau qui correspond aux engagements des pays membres de l’Otan.
Des économies et des financements encore à préciser
Selon les estimations de l’Office for Budget Responsibility, organisme public chargé des prévisions budgétaires, atteindre 3% d’ici la fin de la décennie nécessite un effort supplémentaire de 17,3 milliards de livres sterling pour l’exercice 2029-2030. Pour parvenir à 3,5% en 2035, l’estimation porte sur 35 milliards de livres sterling.
Pour y parvenir, John Healey a demandé à chaque ministère de réduire ses dépenses de 1%. Il souhaite également lancer un « examen approfondi des dépenses publiques ». Il a toutefois averti que de nouvelles coupes budgétaires seraient nécessaires, sans les détailler : « Il y aura des décisions difficiles », a-t-il déclaré à Bloomberg. Le ministre a aussi ouvert la voie à « des financements plus innovants, en collaboration avec le secteur privé et nos alliés internationaux », comme la Finlande, la Pologne et les Pays-Bas, avec lesquels il souhaite nouer des « mécanismes de défense multilatéral ». Sur Sky News, il s’est félicité que « les nouveaux investissements dans la défense, dès maintenant et au cours des prochaines années, sont intégralement financés ».
Un budget critiqué par les députés et les industriels
Si John Healey assure que l’objectif de 3% est transpartisan, il n’a pas convaincu les députés. Ceux-ci lui reprochent de reproduire le budget sur lequel il était en désaccord en juin, et accusent le gouvernement de manquer de clarté sur la manière d’augmenter les budgets de défense. Le ministre a promis à la Chambre des communes de « détailler » les mesures « lors de la revue des dépenses l’année prochaine ».
Tan Dhesi, député travailliste et président de la commission de la défense, lui a répliqué : « Certaines décisions clés concernant les dépenses de défense ont malheureusement été reportées à la prochaine revue des dépenses. L’inaction a un coût. » La cheffe du parti conservateur, Kemi Badenoch, a estimé que « de graves problèmes se profilent à l’horizon, mais que ce budget se contente de gérer le court terme ».
Chez les industriels, le discours du ministre a également peiné à convaincre. Make UK Defence, qui défend les professionnels du secteur au Royaume-Uni, déplore le manque de visibilité donné par le gouvernement. « Le secteur industriel a besoin de savoir que l’engagement en faveur de la défense s’inscrit dans la durée, afin de renforcer la confiance des entreprises et de les inciter à investir », détaille l’organisation. Le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, s’est pour sa part félicité de « l’engagement ferme sur la défense » du Royaume-Uni, estimant que le pays est sur « une trajectoire crédible pour respecter l’engagement » des 3,5% d’ici 2035.





