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Japon : dépendant à 95 % des États-Unis pour ses importations militaires, il se tourne vers l’Europe avec Thales

  • La rédaction
  • 24 Oct 2026
  • Gestion

Le Japon renforce ses dépenses militaires et ses coopérations régionales, mais sa dépendance aux États-Unis et les limites de son industrie compliquent son réarmement. Depuis son arrivée au pouvoir, la Première ministre Sanae Takaichi a fait de la défense de l’archipel l’une de ses priorités et a augmenté les budgets qui lui sont consacrés.

Japon : dépendant à 95 % des États-Unis pour ses importations militaires, il se tourne vers l’Europe avec Thales



Le pays a également déployé des lance-missiles sur certaines de ses îles et noué des coopérations avec d’autres pays asiatiques. L’idée d’une intervention militaire en cas d’invasion chinoise de Taïwan est sur la table, tandis que les restrictions d’exportation disparaissent, ce qui laisse s’effacer la position pacifiste adoptée au siècle dernier. En août, le ministre de la Défense, Shinjiro Koizumi, a évoqué un « sentiment d’urgence et de crise » et jugé « impératif que le Japon transforme encore davantage ses capacités de défense » face aux menaces de la Corée du Nord, de la Chine et de la Russie.

L’omniprésence des États-Unis

Le Japon peut-il se réarmer malgré sa forte dépendance à Washington, dont le soutien apparaît désormais incertain ? Entre 2021 et 2025, 95 % des importations japonaises d’armement provenaient des États-Unis, selon le SIPRI, l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm. Ce poids s’explique par la « doctrine Yoshida », qui a longtemps confié la défense du pays aux États-Unis tandis que le gouvernement se concentrait sur d’autres secteurs.

Cette situation n’empêche pas l’industrie de défense japonaise d’exister. Ses chantiers navals parviennent à répondre aux besoins de la marine, et le pays fabrique sous licence des missiles du système de défense aérienne américain Patriot. Son avion de chasse, le Mitsubishi F-2, est par ailleurs un dérivé du F-16 américain, produit par Lockheed Martin.

Les contraintes restent cependant nombreuses. Dans une étude publiée cet été, Céline Pajon, responsable de la recherche sur le Japon à l’Institut français des relations internationales (Ifri), en dresse la liste : « Capacités de production limitées, pénurie de main-d’œuvre qualifiée, faible expérience des marchés internationaux et dépendances technologiques continuent de freiner son développement. » Un obstacle a toutefois été levé en avril, avec l’assouplissement des règles d’exportation, qui ouvre la voie à la vente à l’étranger d’armes létales.

L’Europe, « un partenaire naturel » du Japon

Dans ce contexte, l’Europe pourrait trouver sa place. Selon la même étude, le continent « apparaît comme un partenaire naturel » pour l’archipel, grâce à « la convergence de leurs intérêts sécuritaires, la complémentarité des bases industrielles et la multiplication des cadres de coopération ». Céline Pajon détaille : « L’Europe dispose d’atouts dans la production de munitions, l’artillerie, les systèmes de missiles et la montée en cadence de la production industrielle, tandis que le Japon se distingue dans la construction navale, les missiles navals, l’électronique de défense et les technologies duales. »

Tokyo coopère déjà avec l’Italie et le Royaume-Uni depuis près de dix ans sur le GCAP (Global Combat Air Programme), qui vise à développer l’avion de combat de demain. À la mi-octobre, le groupe français Thales a annoncé l’ouverture de son premier centre de services pour la défense au Japon, ainsi qu’une hausse de ses recrutements dans le pays, une décision justifiée « par les besoins du Japon dans la défense », selon l’entreprise. D’après le journal économique japonais Nikkei, il s’agit d’une première pour une entreprise étrangère.

Pour les industriels européens, le Japon pourrait toutefois devenir un concurrent. En avril, l’Australie a choisi les frégates furtives du japonais Mitsubishi Heavy Industries plutôt que celles de l’Allemand ThyssenKrupp Marine Systems. Ce contrat de 6 milliards de dollars est devenu le plus important contrat d’exportation de défense du Japon depuis 1945.


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