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Artisanat de France / Gestion / Transition écologique : les petites structures sont-elles les vraies locomotives ?

Transition écologique : les petites structures sont-elles les vraies locomotives ?

  • La rédaction
  • 25 Oct 2026
  • Gestion

Pour Xavier Mennesson, du Domaine du Val, les petites structures peuvent accélérer la transition écologique du tourisme, à condition que les pouvoirs publics passent des études à l’action. Dans cet ensemble d’une trentaine de maisons de tourisme sur pilotis en Baie de Somme, le principal point noir du bilan carbone se situe ailleurs que sur le site lui-même.

Transition écologique : les petites structures sont-elles les vraies locomotives ?



Le Domaine produit une partie de son électricité grâce au solaire, composte ses déchets et a installé des bornes de recharge électrique. Un objectif de décarbonation a également été engagé sur le fonctionnement de la structure. Mais l’arrivée des vacanciers pèse davantage. La plupart viennent en voiture, faute d’autres solutions. Le train s’arrête à cinq ou six kilomètres des stations balnéaires, sans bus connecté aux horaires d’arrivée ni solution de taxi collectif. « Tout le monde le sait et personne n’a réglé ce problème », souligne-t-il.

Pour lui, la théorie du colibri, selon laquelle chacun fait sa part et les petits gestes additionnés forment un grand geste, ne suffit plus. Non pas parce qu’elle serait fausse, mais parce que « nous sommes entrés dans le temps de l’urgence ». Il rappelle que la dernière grande canicule et les feux de forêt datent de 2022.

Les chiffres de l’Ademe donnent la mesure du défi. En France, le tourisme génère 11 % des émissions nationales de gaz à effet de serre. Pour être compatible avec les objectifs de l’accord de Paris, l’agence estime que le secteur devrait avoir réduit ses émissions de 40 à 50 % d’ici 2030 par rapport à 2018. Près de 70 % de ces émissions sont imputables au transport et à la mobilité, et la voiture individuelle représente encore 79 % des arrivées touristiques sur le territoire national, selon la dernière étude de l’Ademe sur le sujet.

Expérimenter vite, avec les moyens du terrain

Selon Xavier Mennesson, c’est là que les petites structures disposent d’un atout : la capacité d’expérimenter rapidement et de recommencer si nécessaire. En 2011, l’association Baie de Somme Zéro Carbone a mis en place un réseau d’autostop partagé sur le territoire, avec des points de rencontre matérialisés par des panneaux. L’idée était simple, mais elle n’a pas fonctionné. La mentalité du tout-voiture restait dominante et le cadre juridique jugé trop contraignant. Avec les outils numériques disponibles aujourd’hui, il estime que cette idée serait viable, sans coût élevé ni complexité particulière.

Le véritable obstacle ne serait pas financier mais systémique. En vingt ans, il dit avoir vu défiler des dizaines d’études sur la mobilité en Baie de Somme, coûtant chacune entre dix mille et vingt mille euros. « Dépensées, classées, oubliées », selon ses termes. Il ne met pas en cause la bonne volonté des élus. Il estime que « le système produit de la concertation, pas de l’action ». Les appels à projets imposent leurs cadres avant même que les acteurs de terrain puissent formuler leurs problèmes, et lorsqu’un dossier transversal est remonté, la réponse renvoie souvent vers le département, la région ou l’intercommunalité.

Un projet structurant comme repère

Le réseau de pistes cyclables le long de la Somme constitue, selon lui, la preuve qu’un projet structurant peut fonctionner. Lancé il y a une dizaine d’années avec une vision claire et une mise en œuvre opérationnelle, il a été suivi d’une hausse de la fréquentation des sites. Ce résultat tient, pour Xavier Mennesson, à « une impulsion forte et d’une persévérance dans le temps ».

Il avertit que les destinations qui n’auront pas engagé cette transformation seront devancées par celles qui l’auront fait. La Baie de Somme, territoire naturellement préservé et moins exposé aux variations climatiques que d’autres, dispose d’un avantage, qui « n’est pas un acquis, c’est un avantage à transformer en projet ». Il plaide pour « un changement de logique » : partir des problèmes concrets remontés par le terrain et laisser les solutions émerger à partir de là. « Les petites structures ne demandent pas à porter seules la transition. Elles demandent que quand elles font levier, quelqu’un appuie de l’autre côté. »

« Il est temps d’agir. Et plus seulement d’étudier. »


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